Bar Mitsva : redonner un sens à ce jour

Nous fêtons un jeune garçon de 13 ans parce qu’il change de statut: « il est reconnu assez développé, assez noble, assez responsable et assez intelligent pour recevoir la Torah… et cela se fête! » (Pr Dipour).

I. Nouveaux droits – Nouveaux devoirs

Le jeune homme s’inscrit désormais dans la chaîne qui le relie à son D.ieu, à son peuple et à sa terre : il reçoit la Torah. Dès lors, « la connaître, l’apprendre, la comprendre et l’appliquer » deviennent sa responsabilité.

Une certaine reconnaissance

Le jour de la bar Mitsva n’est pas la fête des 13 ans : c’est la reconnaissance d’un homme en devenir, qui renonce à son enfance et dont le nouveau statut est reconnu et accueilli par le reste de la communauté. Cela entraîne un changement d’attitude de la part du monde des adultes… enfin, ça le devrait.

Car ce n’est souvent pas le cas. Bien que des changements dans la personnalité du Bar Mitsva aient débuté depuis déjà quelques années, de nombreux parents tardent à s’en rendre compte. Ils ne mesurent pas l’ampleur de ce qui est en train de se passer chez leur fils, et de l’énorme adaptation que cela va exiger de sa part… et de la leur!

Un changement radical

Il ne faut pas mésestimer l’immense changement, profond et étendu qu’implique le passage à l’état de maturité religieuse.

1. Changement au niveau social et civique

D’après la Loi juive, le jeune Bar Mitsva, pourtant personne mineure, peut se marier. En théorie il n’a pas besoin de la permission de ses parents. Dans les faits et d‘après la loi civile, une personne de moins de 18 ans ne put pas se marier sauf dérogation spéciale. Cependant la hala’ha prend cette permission suffisamment au sérieux pour que si 2 enfants effectuent le rituel du mariage, par jeu ou non, ils soient obligés de passer aussi par le rituel du divorce.

2. Changement de son aspect physique

Les années des 12 /15 ans sont des années de modifications profondes qui ont souvent déjà commencé bien avant, surtout à notre époque. L’adolescent grandit, épaissit, se fait « homme ». Changement du point de vue physiologique, amoureuse et sexuelle, puisqu’il peut désormais accéder à l’intimité conjugale via le mariage, formant ainsi un couple aussi légitime que celui de ses parents.

3. Un rituel de passage élaboré et puissant

Au niveau psychologique, la cérémonie de la Bar Mitsva est un rituel initiatique contenant un grand nombre d’actions symboliques fortes. Elles témoignent du passage du monde de l’enfance à celui des adultes. Ce passage est remarquable et essentiel pour la construction de sa personnalité. Il remonte à Béréchit: « Et l’enfant [Isaac] grandit et fut sevré et Abraham donna une grande fête le jour où Isaac fut sevré » . Genèse 21,8.  וַיִּגְדַּ֥ל הַיֶּ֖לֶד וַיִּגָּמַ֑ל וַיַּ֤עַשׂ אַבְרָהָם֙ מִשְׁתֶּ֣ה גָד֔וֹל בְּי֖וֹם הִגָּמֵ֥ל אֶת־יִצְחָֽק )

4. Un homme et son Dieu

Au niveau spirituel, la Bar Mitsva annonce l’âge des responsabilités de l’adulte-en-devenir vis-à-vis de son D.ieu, de son âme, et vis à vis des êtres humains. Elle est une invitation à réfléchir sur la place qu’il va donner à la spiritualité et au judaïsme dans le futur. Et ce n’est pas une mince affaire.

Comment se préparer à la Bar Mitsva

Pour tout ce qui est la préparation religieuse du bar mitsva, vous trouverez des explications claires sur le net, ainsi que des conférences très complètes. Je parlerai pour ma part de l’aspect sociologique, psychologique, spirituel et relationnel de la Bar Mitsva.

13 ans, les bouleversements hormonaux

Le moment d’aborder le sujet de la sexualité?

Non, 13 ans… c’est trop tard! Soyons réalistes, à 13 ans dans le monde actuel, il y a bien longtemps que le Bar-Mitsva, poussé par les montées hormonales, s’est renseigné sur la sexualité. Il a lu et entendu un nombre impressionnant d’informations concernant le sujet et vu de nombreuses scènes. Cela va travestir l’importance et la beauté des relations intimes (non parce cela est mal, mais parce qu’il ne les aura pas inventées et découvertes avec la personne qu’il aime).

L’accès dévastateur de l’image à outrance

Le problème avec l’envahissement des films et photos dévoyant l’intimité entre les hommes et les femmes. En effet, une fois son cerveau et son imagination encombrés par cela, sa liberté de choisir diminue. Il aurait été préférable qu’il découvrit la sexualité et la relation à son corps et qu’il se pose des questions, à son rythme, accompagné de temps à autre d’un adulte.

Ces informations et ces films constituent un semblant d’éducation sexuelle qui n’a rien à voir avec l’éducation amoureuse. Celle-ci parle de sentiments, d’investissement, de projet de couple, de construction à deux, et d’épanouissement des corps avec la personne choisie et aimée.

Mieux vaut tard que renoncer à lui parler

13 ans, c’est la dead line pour les parents, et surtout pour le père, de parler d’amour. Le père peut se sentir gêné. C’est le cas s’il n’a pas appris à parler de lui ou de sexualité, s’il a tendance à surprotéger ses enfants. Parce qu’il n’a pas les mots, ou encore parce qu’il n’y a encore jamais vraiment réfléchit lui-même.

Quand on ne sait pas parler d’amour

Si les parents ne se sentent pas à l’aise avec le sujet, il faut déléguer et choisir un autre adulte qui saura le faire, dans l’esprit du judaïsme, et avec ouverture d’esprit, chaleur et bienveillance.

C’est un fait : la bar Mitsva est intimement associée à la fête qui va avec. Que faire pour que cet événement garde une dimension spirituelle. Ce paragraphe sur le développement des émotions et de la sexualité de l’adolescent est plus long que les autres parce que c’est qu’il n’y a de plus important pour l’adolescent : il ne pense qu’à cela (les adultes aussi). Saura-t-il aimer, est-il aimable, comment savoir s’il plaît, s’il saura choisir, etc.

La préparation à la Bar Mitsva devrait aussi comprendre cette éducation de vie.

 Aspects financiers

Tout comme les fiancés face aux choix des dépenses du mariage, le bar Mitsva aura à porter, même si personne ne le souhaite, les conséquences de dépenses inconsidérées. Lorsque les parents dépensent de façon déraisonnable, l’adolescent se retrouve « en dette » et cela n’est ni juste ni bon. Et puis, et parce que nous venons de dire qu’il entre dans le monde des adultes, prenons le temps de lui expliquer les différentes façons, classiques et originales, d’organiser sa Bar-Mitsva, dans le respect de la réalité financière de ses parents.

Questionnement sur la spiritualité

Les adultes préparent le jeune à la lecture de Thora. S’il ne va pas dans une école juive, il apprendra les bases du judaïsme dans un talmud Thora. Mais, je ne connais pas d’adulte, enseignant ou parent, qui invite le Bar Mitsva à réfléchir sur les sujets de base de la spiritualité, de façon ouverte et libre.

Parmi ces questionnements : pour quelles raisons crois-tu que Dieu existe, pourquoi la Thora? Que ressens-tu quand tu étudies, qu’aimerais-tu étudier? Quelles Mitsvot te parlent tout particulièrement, comment voudrais-tu préparer tes propres enfants à la Bar Mitsva, que représente pour toi la bar mitsva, etc.

Essayez ces questions, vous serez stupéfaits combien cela nous aide à mieux écouter, connaître et comprendre nos enfants et modifie le regard que nous portons sur eux. Rien que pour cela, nous devrions fêter la Bar Mistva avec ferveur!

Les adultes ont souvent peur de ce genre de discussion, et pourtant, il est bien plus souhaitable de les initier que de les diaboliser. Les jeunes nous sont incroyablement reconnaissants quand nous avons le courage de parler de tout.

Une fête souvent dévoyée

Dans le mot Bar-Mitsva, il y a le mot Mitsva!

Une Mitsva est un commandement divin. Elle a un pouvoir d’éducation qui a (devrait avoir) pour effet de ressentir la présence de D.ieu. Elle a la capacité d’aider à raffiner et développer les qualités- midot– fondamentales chères au judaïsme : générosité, droiture, désir de justice, partage et soucis du bien-être des autres.

S’agissant d’une Mitsva de cette grandeur, le jour de la Bar-Mitsva devrait être une « journée pour la Tsédaka, jour de partage et acte de justice. Pour le judaïsme, quand une personne a de l’argent, c’est que Dieu lui donne le mérite… de pouvoir en donner! Quelle leçon de vie cela serait. Au lieu de cela, je vous encourage à jeter un coup d’œil à la fin de la fête le gâchis inouï de nourriture, du prix des cartons d’invitation, de bi’honim, des tenues, des orchestres.

Est-ce vraiment dans tout cela que nous voulons dépenser notre argent? Est-ce bien avec cet état d’esprit que va débuter la vie spirituelle de nos fils? Et si ce n’est pas cela, quelle utilisation de l’argent faut-il faire?

Le coût de la fête

Les enfants savent-ils combien les parents s’endettent pour leur fête? Qu’ensuite de cela, ils peinent à payer les écoles, les vacances, puisque c’est souvent le budget pour toute une famille pour plusieurs années? Vous direz que c’est le choix des parents? Non, il est regrettable de croire que le jeune ne paiera pas par sa culpabilité ou par la mauvaise humeur de parents une fois la fête passée.

Ils se différencie de son entourage

Se rapprocher du monde des hommes et de son père

Plus la Bar-Mitsva approche, plus il se rapproche de son père: pourquoi? Si le père a veillé à développer une relation de proximité et chaleureuse avec son fils, l’adolescent entre dans le même monde que son père. Dans le cas contraire, la fête devient un faire-valoir pour l’éloignement : « j’ai autant de droits que toi maintenant, je fais ce que je veux, je vais me trouver un autre monde ».

La Bar Mitsva peut devenir un espace de conflit entre l’enfant et ses parents qui se finit toujours mal quand ces derniers se réclament de l’obligation de « kiboud av va eme«  pour imposer leur point de vue.

Capacité de se faire une opinion et des choix

Dans certaines familles, le jeune Bar-Mitsva commence à vouloir respecter le chabbat, manger casher, porter le talit katan. Il remet en cause un tas de fondements de son éducation. Comment réagir lorsque l’on est soi-même peu pratiquant ?

Nos Sages disent qu’il faut éduquer l’enfant « selon sa personnalité, vers son chemin« . Or, durant toute l’année de préparation à la bar mitsva, on lui enseigne les Lois juives, pas étonnant que le jeune puisse tomber amoureux… du judaïsme, qu’il désire au plus profond de lui vivre ce qu’on lui apprend! Les parents sauront-ils le laisser parcourir son chemin?

Respecter ses choix

Alors, pourquoi ne pas considérer ce désir comme une chose importante et belle qui lui arrive.  Pourquoi ne pas regarder notre enfant avec fierté : fierté de cette preuve qu’il grandit et s’affirme, fierté que ce soit lui qui établisse une passerelle entre sa génération et celles des ses ancêtres ? Pourquoi ne pas se dire que renforcer ses racines, c’est précisément ce qui l’aidera à s’envoler avec sérénité et plénitude, dans quelques années, b »h.

Il veut changer vos coutumes?

Si au contraire vous êtes orthodoxe et que votre enfant vous parle, pour sa Bar Mistvah de musique dont vous ne connaissiez pas même l’existence, s’il préfère servir des frittes plutôt que les traditionnelles tables des fêtes juives, saurez-vous l’écouter? Si vous acceptez de relever ce challenge, il s’en souviendra comme une leçon de vie majeure. « Mes parents ont été capables de renoncer à ce que l’on pouvait dire d’eux, pour faire en sorte que ma fête soit vraiment la mienne« . Ou encore « ils ont été capables de renoncer à leur goût pour laisser place aux miens« .

Mais combien d’entre nous considéreraient cette attitude autrement que comme une faiblesse, une démission? Et si elle était une preuve de grandeur ou de noblesse?

Témoignages

J’ai lu votre article et j’y ai trouvé plein d’idées originales, mais il y a des conséquences à tout ce que vous dites: comment gérer la frustration d’un jeune qui aura pour exemple les fêtes de ses copains et se sentira peut-être délaissé voire déconsidéré par ses parents. Il pensera qu’il a moins de valeur ou qu’on l’aime moins? Est-ce que cela vaut le coup de lui faire de la peine? Même si votre analyse est bonne, je ne veux pas être la première à lancer la mode du « low bar mitsva ». Yaël

Merci pour votre remarque Yaël. J’ai moi-même été confrontée à cette situation. J’ai tenu bon et les dépenses de la bar mitsva de mes fils ont été très modiques. A l’époque, la femme du rabbin m’avait dit « va-y Malka, on te suivra peut-être, mais je ne veux pas être la première« .
C’est vrai que mes enfants auraient préféré plus de faste.
Se démarquer quand on est enfant, c’est toujours difficile. Un enfants a vite honte de ses parents. Faut-il pour autant que les parents aient honte d’eux-mème en dépensant de façon exagérée ?

Vous parlez de frustration. Mais c’est dès le jeune âge qu’il faut résister à la pression des marques de chaussures ou de téléphones. J’étais hier dans un magasin de téléphone Hotmobile. Le vendeur était au téléphone avec un client et parlait suffisamment fort pour que j’entende la conversation. Sa cliente était une maman qui se demandait s’il fallait vraiment acheter à son bar mitsva le dernier Samsung A80. Ce que le vendeur lui répondit est édifiant : « mais qu’est ce que cela peut faire, ça lui fait tellement plaisir« . Nous parlons d’un objet qui coûte à une grande partie d’israéliens la moitié d’un salaire…

L’éducation dans son ensemble devrait enseigner à gérer la frustration, gérer les crises, apprendre à renoncer et faire le choix de valeurs plus nobles que de dépenser un argent toujours difficile à gagner, pour se tourner vers des choses plus simples et modestes. La Thora parle de tsniout et cela concerne aussi le comportement. Une bar mitsva modeste enseigne des valeurs qui seront peut-être difficile à acquérir, mais seront un bagage pour la vie.

La crise de vie qu’est aussi la bar mitsva n’est pas « une menace de catastrophes mais un tournant, une période cruciale de vulnérabilité accrue et de potentialités accentuées » (Erikson). Pourquoi ne pas en profiter pour se poser de nouvelles questions, et développer son imagination pour recréer le concept de Bar Mitsva 🙂 Bon courage et mazal tov!

LEs joies de la préparation en vidéos!

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Un article de Malka Barneron. (Madéhat Néssoua - Thérapeute de couple - Accompagnement pour les conflits dans la famille - Coaching pour la Alyah - Choisir sa place dans le judaïsme, thérapie existentielle, etc.)

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