Colportage et médisance

Les nouvelles formes de lynchage

Les nouvelles korbanotIl fait bien sombre. Les événements que je vais relater ne se passent pas chez les Mormons ou à Bagdad, non, ils se passent chez nous, dans nos bonnes communautés. Cela fait plusieurs années que je me demandais s’il fallait en parler, tant diffuser tout cela est lourd… Mais je crois que pour guérir d’un mal il faut le désigner, précisément et sans tabou. Cela fait déjà des décennies que les rabanim et chefs de communautés sont en berne et ne parlent pas des faits dont nous allons parler, espérant peut être que « cela va s’arranger ». Mais, comme pour toute chose dont on attend sans agir que le temps fasse son oeuvre pour qu’elles changent, rien ne se passe et les choses empirent. De quoi parlons-nous?

L’histoire de Bathia

Prise dans la tempête

Bathia est une jeune femme de 32 ans qui vient de tromper son mari.
Bathia consulte, non pas un rabin, mais un thérapeute de couple religieux. Un thérapeute de couple parce que c’est la relation dans son couple qui a été touchée par son acte. Religieux, parce que Bathia vient d’une communauté orthodoxe et pense que le thérapeute doit connaître les valeurs de la Thora.

Une autre personne a également poussé Bathia à consulter: sa meilleure amie Shula. Shula perçoit que dans l’histoire de Bathia se joue plus qu’une histoire de « péché », plus qu’une « Avéra grave » ou, comme certains l’affirment, d’une « tare qui va s’inscrire dans l’âme » de Bathia. Mais que cette histoire de tromperie c’est un peu l’histoire de l’espèce humaine, le miroir des faiblesses des hommes et des femmes et que Bathia, plus que tout, a besoin d’aide.

Une femme débout

Il faut que je vous décrive Bathia: c’est une belle femme, elle a de la classe, quand elle marche dans les rues, c’est sur, tout le monde la remarque, paillotes ou pas, les hommes tournent leur regard vers elle: Dieu a créé là une bien belle créature. Si Bathia s’était contentée d’être belle: mais non! Bathia a aussi l’audace, bien que n’ayant pas fini le collège, d’être une jeune femme brillante, qui pige tout avec une rapidité remarquable.

Vouloir comprendre et consulter

Plus encore: Bathia est capable de créativité et de rebondir: elle n’est pas à terre par cette déferlante communautaire, elle est débout.

Elle ne se contente pas de comprendre ce qu’elle a fait, mais pourquoi elle l’a fait et comment elle en est arrivée là… Plus encore: Bathia veut devenir meilleure, elle veut réparer. Bathia veut comprendre, et Dieu lui a donné un cerveau pour le faire… Et elle comprend petit à petit ce qu’il lui est arrivé, mais aussi, que dans son drame, celui qu’elle aime c’est bien son mari.

Comprendre son couple

Avec son thérapeute, Bathia analyse des photos et découvre pour la première fois le regard de Samuel, son mari. C’est celui d’un homme amoureux. Même après 13 ans de mariage, Samuel l’aime… comment ne l’avait-elle pas vu se demande-t-elle. Bathia relit les textos de Samuel, et toute l’attention dont il était capable. Bathia prenait cela pour un comportement d’ado. Ce qu’elle voulait, elle, c’est un homme un vrai un dur, un viril, à qui elle puisse se sentir appartenir.

Quand Samuel lui demandait si elle voulait un gâteau pour le dessert, Bathia jugeait cela puéril, et Samuel baissait plus encore dans son estime. Aujourd’hui, les petites attentions de Samuel, et les douceurs qu’il lui rapportait le soir, elle les trouve admirables, mais voilà… c’est trop tard.

Un jeu de domino incontrôlable

Lorsque l’affaire commence, c’est tout un processus qui s’enclenche, une procédure digne des films de cape et d’épée, l’épée surtout, avec la dignité de Zorro en moins. Nous sommes 7 mois avant que tout soit découvert. Samuel commence par trouver que tous ces Whatsup et textos en pleine nuit c’est un peu exagéré. Bathia ne sait plus manger sans son portable à portée de main.

Facebook, encore Facebook…

Ses photos sur Facebook sont de plus en plus suggestives, bouche botoxée, décolleté et robes courtes, perruque jusqu’aux reins… Bathia se montre et s’expose comme dans une galerie: la beauté de la femme est à l’intérieur dit-on, il semblerait bien que dans le monde entier, et les communautés juives ne sont pas en reste loin s’en faut, les femmes et les jeunes filles se montrent au dehors, et Bathia en fait partie.

 Entrée dans l’engrenage

Samuel est un homme réservé, il ne parle pas de ce qu’il vit, mais un jour, il se confie à un ami qui lui explique que c’est sa dignité d’homme qui est en jeu, et qu’il va lui-même surveiller la femme de Samuel et lui ramener des photos. Samuel débarque, il n’a jamais réfléchi à tout cela. Pour lui, le mariage c’était des sentiments beaux et purs, il ne connaît pas les journaux « People », il ne comprend pas tout à fait ce que Moshé lui propose mais il dit oui… il dit oui comme il aurait pu dire « non » ou « peut être », il ne comprend pas à quoi il dit répond oui.

Comment en arrive-t-on à agir sans comprendre?

Pour avoir un avis, il faut connaître le sujet dont on parle; pour rechercher une chose, il faut l’avoir connue, pour la reconnaître, il faut l’avoir vue. Or Samuel vient d’une famille où l’on n’a jamais parlé de ce genre de choses: les détectives privés, rechercher dans la vie et l’intimité des gens, chez lui, ce ne s’est jamais fait.

Et puis Moshé revient un jour avec des photos: on y voit Bathia belle et sexy riant avec d’autres hommes à une terrasse de café. Moshé qui est dans l’informatique, se, rend chez Samuel pour craker le code d’accès de sa boite email et y découvre les échanges entre Bathia et d’autres hommes.

Là c’en est trop

Samuel est dévasté. Il va faire ce qu’aucun homme dans sa famille n’a jamais fait: il va ouvrir un dossier de demande de divorce à la rabanout. Pour lui l’humiliation, la tristesse et la colère sont trop fortes, il ne peut pas s’imaginer continuer la vie commune avec Bathia. Il a acquis la certitude, grâce à son ami d’enfance Zalman, qui est comme un frère, que sa femme ne le mérite pas et qu’il doit la quitter.

Samuel est entouré de tous: il reçoit une quantité impressionnante de petits messages et d’appels téléphoniques pour lui signifier que toute la communauté est avec lui et le soutient. Son ami Zalman est enchanté des résultats, il a réussi à sauver l’honneur de son ami Samuel, les amis c’est fait pour ça, heureusement qu’ils existent.

Comment on déclenche le processus de lynchage

Les appels que Samuel reçoit sont de plus en plus clairs: « t’as eu raison, c’est une nymphomane, une ——« , « on est avec toi » « dégage- là »! « Tu comprends pas, elle changera jamais », « Regarde comment elle s’habille, regarde comment elle drague les hommes, même ceux qui sont mariés »…

Les femmes s’en mêlent elles aussi: « ce n’est pas une Bat Israël », « c’est la honte de sa famille »… ses anciennes amies et compagnes de sorties lui tournent le dos, elles ne veulent surtout pas être assimilées à Bathia, qu’on la compare à elle… La communauté a enfin son bouc à envoyer à Azazel.

3 mois après la découverte de son infidélité, Bathia continue à avancer, à comprendre à se connaître, elle veut toujours reprendre la vie avec Samuel, car elle est certaine que c’est lui l’homme de sa vie, elle sait qu’elle l’aime. Elle a cessé d’écouter ce qu’on dit sur elle, elle se concentre sur sa vie, sur sa téchouva, elle est plus stable, plus réservée, elle a moins besoin de parler et de rendre des comptes aux personnes qui pavent l’enfer de leurs bonnes intentions, elle mûrit…

Lashon hara sous perfusion

Samuel lui, continue à entendre déverser des horreurs sur sa femme et ne comprend pas qu’il s’agit aussi de la mère de ses enfants, les mots pleuvent tant qu’il est littéralement shooté au lachon hara.

Le rav de la communauté est un homme bienveillant et chaleureux qui a compris que son rôle est bien de soutenir Bathia et non de la couler… mais ce n’est pas suffisant!

Colportage et de médisance

Sur Facebook et à coups de Whatsapp

Nous parlons de jugement et de personnes qui diffusent des informations par textos, sur Facebook et à coups de Whatsapp concernant la vie de couple des uns et des autres. Oh! S’il s’agissait de bonnes paroles ou de conseils en chalom bayit, cela serait au mieux sympathique, au pire inutile. Mais ce à quoi nous assistons est digne de « Voici ».

De quoi parlons nous?

De l’histoire malheureuse de Bathia qui au moment ou son couple se disloquait a eu une aventure avec un homme de sa communauté. L’affaire s’est ébruitée et l’on a diffusé le fait avec moult détails croustillants. Depuis, des tas d’autres histoires ont circulé, et raconter les frasques, tromperies et autres dérives entre copines ou entre potes est devenu chose courante.

Qui colporte?

Les personnes qui colportent les secrets intimes des autres ne sont pas des enfants ou des ado qui ne perçoivent pas la portée de leurs actes, non! Celle qui s’adonnent à ce sport infâme sont bel et bien des adultes chomer Thora et mitsvot, actifs et apprécié dans leur communauté. Cette histoire a fait le tour des communautés francophones et alimenté les discussions pendant plus d’un an. Il est nécessaire, pour que cela ne reproduise pas de comprendre les conséquences réelles de ce colportage. Je vous les décris en rempruntant le style de cette chanson de la sortie d’Egypte, sortie ratée dans cette histoire.

Dayénou…

=> Si les gens se contentaient de parler de l’adultère de Mme X ou de la sexualité débridée de Mr Y, donnant leur avis sur un comportement jugé immoral et interdit: Dayénou…

=> S’ils se contentaient de parler des couples pour éviter que les hommes et les femmes se dévoilent et se déshabillent sur Facebook et dans l’intention de les aider: Dayénou…

=> Et si le lachone hara ne faisait que nommer ces femmes adultères et ces maris bourrés de testostérone: Dayénou…

=> Si les ragots de ces dames respectueuses qui vomissent sur celles qui sont allées voir ailleurs se contentaient de contenir l’information dans leur chambre à coucher, n’en parlant qu’à leurs maris: Dayénou…

=> Si les paroles de jugement de ces maris honorables demeuraient des conversations entre Avre’h sans sortir du Bet Hamikdache: Dayénou…

Une vie intime étalée en public

Médisance et lachon haraMais non! Ce à quoi nous assistons fait vomir tant il révulse: la vie de ces couples est décortiquée, ils sont littéralement déshabillés, on parle des sous-vêtements de Mm T, des positions adoptées avec ses amants, on donne des détails croustillants. On révèle où cela s’est passé, on précise que les enfants de Daniel étaient chez leurs grands parents quand il rejoignait sa maîtresse. On raconte que déjà petit, il aimait jouer avec les petites filles. On se vautre dans la luxure des mots à défaut sans doute de la vivre chez soi dans la chambre à coucher. Je ne le fais pas: j’en parle…

Description du voyeurisme du 3ème type

Car c’est bien de cela dont il s’agit: parler de la sexualité des autres, c’est bien entendu ne pas parler de soi et de ce qu’il se passe chez soi, dans notre couple. Parler des petites tenues de Mme T, c’est ne pas en acheter soi-même. Parler du nombre de fois ou Daniel et Bathia « l’ont fait » cette semaine, c’est peut être révéler que chez soi, rien ne se passe…

Fantasmes et interférences dans la vie conjugale

Mesdames: lorsque vous parler de l’activité sexuelle de Mr B, vous introduisez sans vous en rendre compte Daniel dans votre lit quand vous êtes avec vos maris… Les images que nous imaginons , bien plus encore que celles que nous voyons impriment nos cerveaux. L’imagination n’est pas un doux nuage qui passer dans nos esprits: elle laisse son empreinte et l’y déloger est parfois un travail de titan. Réfléchissons à cela et prenons la décision en toute clarté d’esprit de continuer ou non à alimenter nos cerveaux de l’image de Daniel et Bathia en pleine action. La Thora a un mot pour cela:  Znout.

Quant à vous Messieurs, quand vous parlez de l’intérêt de Bathia pour les positions dignes du meilleur Kama Sutra, vous mettez Bathia dans votre lit… excitant? Pourquoi pas, mais alors ne jouez pas les purs, assumez vos fantasmes avec votre femme et ne spoliez pas la vie des autres. Parlez-lui de ce qui vous fait rêver et jouez la scène chez vous, avec elle (pourquoi utiliseriez vous la femme d’un autre) vous n’avez pas besoin d’être spectateur, vous avez besoin d’être acteur! Ça ne chauffe pas dans vos chaumières et alors vous allez vous réchauffer aux poêles des autres, lorgnant comme des pauvrets chez le voisin pour vous rincer et les yeux et les oreilles…

Pour une sexualité plus fun

Plus on parle de la sexualité des autres, et plus on témoigne que rien ne se passe chez nous, et plus on révèle au grand jour ses propres fantasmes! Toujours envie de parler? Messieurs et Mesdames, vous qui parlez des orgasmes des autres, comment ça se passe chez vous? Et s’il était temps d’enfin vivre dans votre chambre à coucher ce dont vous rêvez fébrilement.

Prendre conscience des conséquences

J’accuse ces communautés de lynchage par la parole, par la médisance et par le voyeurisme. J’accuse ces personnes de se vautrer dans des histoires qui sont l’espace privé, le coeur et le corps de personnes qui ne leurs appartiennent pas, d’étaler et de diffuser des informations qu’aucune d’entre elles n’a pas ailleurs vérifié.

Cette habitude de dévoiler la vie intime des autres est du Znout pur et simple, en groupe et parfois même en « bande organisée ».

L’avenir des enfants

J’accuse toute personne qui parle de Bathia, de son mari, de ses amants et de leurs familles respectives, de crime contre leur néchama et contre Dieu!  Pourquoi prenez-vous le risque qu’une de ces personnes, poussée à une honte qu’elle ne pourra plus jamais dissiper à cause de votre médisance, ne pense à sortir de cette vie… vous m’avez comprise.

Savez vous que les Daniel et Bathia dont vous étalez la vie en public n’osent plus sortir de chez eux? Savez-vous que vos enfants dans la cour de recréation parlent à leurs enfants?

Médisance et lachon hara

J’accuse les responsables communautaires

Non assistance à personne en danger?

Je vous accuse de ne pas frapper fort sur la table et de ne pas exiger que vos ouailles se taisent.
Mais cela ne suffirait pas, l’affaire est tellement grave qu’une soirée d’étude de tikoun pour cette avéra immense devrait être décidée (de jeûne?). Une soirée à laquelle toute personne qui n’a pas oeuvré pour que ces médisances cessent, devraient participer car coupable et responsable, même si c’est de façon indirecte. En effet, il est toujours possible de détourner son regard et boucher ses oreilles, ou même de se taire, quand on a pas le courage de l’ouvrir pour défendre l’honneur et la dignité de l’autre.

Le rôle de guide et de machpia

Messieurs les rabanim, au temps du Beth Hamikdache, les guides spirituels savaient sermonner leurs communautés, c’est aussi cela votre rôle. Aujourd’hui, les mots softs, les explications qui tiennent compte de la psychologie de vos ouailles ne suffisent pas. Le bateau brûle, ne le voyez-vous pas? A quoi nous servent vos écoles, vnos synagogues et ns institutions si nous ne soignons pas la gangrène qui sévit?

Nous sommes victimes en France de tout ce que les antisémites et anti sionistes disent sur nous les juifs et sur Israël, alors comment en sommes-nous arrivé à tant d’intolérance, comment dérape-t-on aussi loin, comment avons-nous fait pour ne pas voir la pente terrible sur laquelle nous glissons. Comment en sommes-nous arrivé là…

JE SUIS Bathia, JE SUIS Daniel…

Cette histoire est basée sur des faits réels; les lieux, les noms et les détails ont tous été changés.
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Tikoun Haklali

Un article de Malka Barneron. (Madéhat Néssoua - Thérapeute de couple - Accompagnement pour les conflits dans la famille - Coaching pour la Alyah - Choisir sa place dans le judaïsme)

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