Lettre aux parents, aux familles des fiancés,
aux dirigeants communautaires et aux rabbins Par Myriam, maman d'une jeune
mariée
Derrière ce qui devrait être le plus beau jour
de la vie, peut se cacher une danse familiale infernale
aussi réelle que triste: ce jour est souvent le dernier rempart pour la
famille et les parents, de soumettre leurs enfants à leur contrôle:
dernier round avant le salut de l'artiste...
Je
parle ici bien sur du mariage de jeunes gens, étant entendu qu'à
30 ans, on est pas aussi vulnérable. De nombreux jeunes de notre communauté
se marient dès 17/ 18 ans, et il est clair qu'à cet age, ils n'ont
pas toujours mené à bien une réflexion complète et
approfondie concernant leur vie futur, encore moins sur le type de mariage qu'ils
désirent faire vraiment.
Ils ont souvent pour seul modèle
ce qu'il se fait dans leur entourage et dans leur communauté, et oublient
que ce n'est pas forcément ce qu'ils auraient choisi s'ils avait pris le
temps d'y réfléchir et la force d'imposer leur style.
Quant leurs repères sont
les mêmes que ceux de leur entourage, quand les goûts correspondent,
alors les choses sont grandement facilitées, et cet article ne s'adressent
pas à ces configurations familiales en priorité. (Je dis "en
priorité" car ici aussi, il convient, bien sur, d'être à
l'écoute de ce que les fiancés désirent).
Pour quelles raisons les tensions s'installent-elles entre les parents et leurs
enfants?
Les tensions s'installent dès le début de la rencontre,
mais surtout, lorsque les préparatifs du mariage commencent: au sujet du
style de la robe de mariée, de la musique, du nombre des invités
et du type de cacherout...
Elles se poursuivent souvent quant à
savoir si les enfants de ce couple-non-encore-marié étudieront dans
un 'héder, s'ils porteront telle ou telle kipa, si les filles porteront
ou non une perruque, laisseront ou non dépasser leurs cheveux, porteront
ou non des jupes longues, auront des percing, achèteront une T.V., s'attacheront
à tel ou tel rabin, étudieront ou non régulièrement,
vivront ou non dans un autre pays...
Stoooooop
:(
Il n'est pas question
ici de débatte du bien fondé d'un style de vie par rapport à
un autre, mais bien de savoir s'il faut l'imposer, quitte à provoquer des
disputes entre le 'hatan et la kala. La vraie question est là! Jusqu'où
faut-il essayer de convaincre, harceler, et prendre le risque- il va falloir un
jour l'admettre- que les futurs mariés préféreront limiter
leurs visites à cette famille si peu respectueuse de leur particularité.
Est-ce un devoir parental d'imposer un point de vue, et meme des valeurs,
le jour de leur mariage? Ne serait-il pas plus sage de lâcher prise
et de commencer à construire ce nouveau rôle, celui de "beaux
parents", qui consiste à rester en retrait, discrets, bienveillants,
et préparer celui de grands-parents, qui consiste à donner, à
donner "seulement".
Après
avoir lu le témoignage de Myriam, j'ai eu envie d'apporter le mien mais
dans le sens contraire: je voudrais m'adresser aux enfants et qu'ils entendent
le point de vue des parents, qu'ils lisent ce que leurs parents ressentent et
qu'ils entendent leurs difficultés.
En dehors des conflits qui
éclatent lors de la préparation du mariage, il y a des réalités
financières que les enfants, souvent, ne veulent pas voir. Les parents,
de leur coté, ont très envie de faire plaisir aux enfants; et d'ailleurs,
ils vont tenter de leurs donner au mieux. Mais ce désir peut les pousser
très loin, jusqu'à se mettre dans des difficultés financières
très graves, jusqu'à hypothéquer leurs biens. Ils ne le disent
pas toujours à leurs enfants car ils ont peur d'être rejetés,
ils culpabilisent car ce qu'ils désirent plus que tout, c'est être
aimé de leurs enfants... vous ne lirez pas cela sur les forum, car les
parents ont de la pudeur, et gardent tout cela en eux.
Mais
pourquoi, si cela leur est si difficile, pourquoi vos parents font-il cela?
Pourquoi vont-ils faire des dépenses supérieures à leurs
moyens? C'est que vos parents, jeunes gens, sont de grands enfants! Ils redoutent
de dire non, de vous froisser ou vous décevoir.
Attention! Ce
n'est pas parce que vos parents ont du mal à vous limiter, que vous devez
continuer les dépenses. Écoutez ce que vos parents vous disent,
et s'ils ne vous parlent pas, posez des questions, faites le calcul du nombre
de mois, voire d'années, qu'il leur faudra pour rembourser
votre mariage alors qu'ils ont aussi d'autres enfants à charge,
peut être même leurs parents, et certainement pas mal de dettes;
Entrez dans le monde des adultes où tout n'est pas possible, apprenez
à vous limiter et gérer la frustration: vous en aurez d'autres,
et celles du mariage sont un très bon exercice pour vous renforcer dans
votre future vie de couple :)
Après avoir aidé 2 de mes
enfants à se marier, je peux vous dire que j'ai trouvé nettement
plus facile la façon dont l'organisation du deuxième mariage s'est
déroulé: ma femme et moi nous sommes assis et avons fait les comptes:
nous ne trouvions pas raisonnable, compte tenu de nos sorties et rentrées
d'argent, de nous endetter pour plus de 15 000 shekel (l'équivalent pour
un foyer français à 3000 euros). Nous avons donc informé
ma fille et le 'hatan de ce que nous pourrions faire, et leur avons donné
un chèque.
Ce qu'ils en ont fait, et comment ils s'en sont sorti
pour payer tout ce qu'ils désiraient, nous ne leur avons pas demandé;
par la suite, ils nous ont appris combien ils s'étaient bien débrouillé.
Nous les avons aidé à organiser le mariage, nous nous sommes investis
en temps et en énergie, mais n'avons pas discuté ni contesté
leurs choix. Même si, de notre coté, nous aurions fait très
différemment, nous avons appris à nous taire et développé
les mots de soutien, confiance et encouragements.
Au jour d'aujourd'hui,
ils se sentent bien vis à vis de nous, car ils n'ont pas le sentiment ni
de nous avoir forcé la main, ni d'avoir abusé: ils se sont senti
entouré et soutenu, mais aussi fiers d'avoir si bien géré
leur budget.
Merci
Simon d'avoir témoigné! Je suis moi aussi papa, mais moi, je suis
le Rabin de communauté; et bien que je tente par tous les moyens de déculpabiliser
les parents, de les encourager à faire un petit mariage, bien que j'ai
écrit un ouvrage sur la meilleure façon d'après le judaïsme
d'organiser un mariage et autres fêtes de la vie juive, personne ne m'écoute...
Et pourtant, la Thora désapprouve absolument que l'on s'endette
pour un mariage; mais les parents perdent tous leurs moyens à l'idée
de ne pas être "à la hauteur": quelle erreur d'appréciation
terrible sur ce qui apportera la bénédiction aux jeunes mariés
ou non! Car que vont-il faire de la honte qu'ils porteront d'avoir mangé
un pain de misère (nourriture qui ne nous est pas destinée, que
nous ne méritons pas), et quel manque de pudeur en ces temps de récession
économique où l'on ne sait pas de quoi sera fait le lendemain.
Si pour le Chabbat, sommet de la création, il est écrit "fais
de ce jour un jour normal, mais ne demande rien aux gens (c'est à dire:
"ne dépense pas pour le chabbat de l'argent que tu n'as pas"),
combien plus faut-il faire attention aux dépenses d'un événement
qui n'a lieu qu'une seule fois, et qui n'est qu'un panneau indicateur pour la
construction du jeune couple, rien de plus, et surtout pas un but!
Si
tous les responsables communautaires donnaient l'exemple, combien de tensions
seraient évitées, et de chalom bait renforcé. Comme disait
Edmund Burke: "la seule chose qui permet au mal de triompher est l'inaction
des hommes de bien".