Divorce juif et femmes agounot

En attendant la mise en place d’un site internet regroupant à la fois les sources dans le judaïsme, les opinions des professionnels et un forum en ligne, pour nous faire parvenir vos sites web, livres, conférences sur le sujet et pour témoigner de votre expérience, je vous invite à nous écrire en bas de cette page. (Si vous désirez en parler en privé, sur la chat-room anonyme, cliquez sur le sport vert).

 

La formation des rabbins n’est pas complète

Formation pendant les études et formation continue

Les études rabbiniques n’intègrent pas encore de formation sur les relations interpersonnel et la dynamique au sein du couple et de la famille. Le résultat pour faire court, est que les rabbins interviennent sur tous les plans de la vie sans aucune formation ni travail personnel. Les dégâts sont particulièrement catastrophiques au niveau de la relation de couple. Il est vital que la formation des rabbins intègre un programme d’initiation (pour commencer) aux disciplines qui s’occupent des couples:

  1. Médicale: gynécologique et l’obstétrique
  2. Psychologique avec les thérapeutes de couple et conseillers conjugaux
  3. Hala’hique: confrontation avec les différents courants du judaïsme, ne serait-ce que par devoir de se tenir informé des courants de la société juive. Que l’on tienne compte ou non de l’avis des autres, il est toujours dynamisant d’écouter des points de vue, contraires ne serait-ce que pour renforcer son propre avis 😉
  4. Conseillers en gestion: la vitalité des couples et des familles dépendant en grande partie de leur façon de gérer leurs ressources, le divorce multiplie les épreuves financières. Un rabin ne peut pas donner son avis s’il ne prend pas compte de la réalité des époux.

Confrontation des opinions: un problème sanitaire

Si nous connaissons la notion de consanguinité en génétique (le fait pour des familles de se marier exclusivement être elles, donnant naissance à des enfants handicapés physiques et mentaux), ne pourrait-on dire qu’il est en de même de la pensée lorsqu’elle enferme le judaïsme dans une seule direction?  Une direction qui n’a plus rien à voir avec le judaïsme donné au mont Sinaï ayant formé pourtant tant de guéonim par le passé?

Réfuter l’interprétation des rabbins pourra- t-il enfin avoir lieu sans être taxé systématiquement de réformiste, BT, libéral ou massortis libéraux (associé au désir d’émancipation)? Peut-on vouloir sortir la société juive de cet enfer hala’hique concernant le contrat de mariage religieux sans être mis au banc du judaïsme et voir son nom sali?

Une loi figée

La plupart d’entre nous ont appris que tout ce qui ressemble à une modification de la loi a pour sombre dessein d’éradiquer la Thora et de libérer le peuple du joug divin. Ceci est faux mais bien pratique pour éviter de comprendre comment une si grande partie du peuple juif en est arrivée à vouloir changer ce qu’il se passe en matière de mariage. Les lois du divorce entretiennent la plus grande et vaste injustice du droit juif, je veux parler du pouvoir qu’il donne aux hommes de refuser le divorce aussi longtemps qu’ils le souhaitent.

Changer ce qui peut l’être

Il ne s’agit aucunement de changer la Thora, mais d’utiliser des lois qui existent déjà et en particulier le contrat de mariage religieux comme nous le connaissons à l’heure actuelle.

Si les femmes sont souvent si mal défendues, c’est aussi parce qu’elles sont absentes des tribunaux rabbiniques. Il existe bien la profession de toénet, femmes pratiquantes ayant étudié le droit biblique, mais elles n’ont aucun pouvoir de changer la Loi, elles ne sont pas juges. Je ne sais pas si leur existence est un progrès ou de la poudre aux yeux.

Un drame pour la société juive

La Thora prévoit la résolution de ces drames monstrueux. Alors pourquoi aucun rabbin dans le monde n’ose-t-il endiguer l’augmentation des mamzérim dans le monde (du fait que ces femmes ne peuvent divorcer, leurs enfants seront illégitimes du point de vue du droit juif). Ce problème là serait résolu en grande partie, voir totalement, si l’on changeait la loi sur le mariage religieux.

La loi rabbanique en question

Analyse d’une Interview du grand rabin Gugenheim sur judaisme.sdv.fr. La procédure fixée par la Torah veut que le mari remette l’acte de divorce. S’il refuse – cela arrive – le tribunal à charge de le persuader. Tâche délicate car le divorce doit être accordé d’une « main libre » et sans contrainte.

On exerce sur lui une coercition indirecte.
En Israël, par exemple, les tribunaux rabbiniques  font appel à l’autorité civile. On peut condamner le mari récalcitrant à une astreinte, l’empêcher de sortir du pays, voire le mettre en prison jusqu’à ce qu’il consente, de son plein gré, à donner le guet.
En France même, se fondant sur une disposition du droit rabbinique ancien, mentionnée dans la Michna, qui prévoit le recours possible aux autorités non juives, existe une jurisprudence actuellement bien établie : la femme peut attaquer le mari en dommages et intérêts sur la base d’une intention malveillante. Plutôt que d’être condamné à payer une somme importante, il donnera le guet.

Les maris récalcitrants, « cela arrive »

Dans la réalité, cela arrive très très souvent, pour des raisons exclusives de malveillance, de volonté de nuire et de garder le contrôle sur leurs femmes. Par jalousie, par abus d’un pouvoir qui leur est donné par la Loi rabbinique et que la possibilité d’avoir plusieurs femmes renforce (la Takana de Rabbi Guershom n’existe plus depuis quelques années).

« le tribunal a charge de le persuader de divorcer »

Quand le mari ne veut pas donner le guet à sa femme, la mission est quasi impossible car les outils mis à la disposition de la loi française pour faire pression sont peu nombreux (prison et amendes) et très peu appliqués concrètement. Quant à la loi juive, pour le moment, elle ne permet jamais d’annuler un mariage sans que le mari y consente librement.

« On exerce sur lui une coercition indirecte »

En Israël, par exemple, les tribunaux rabbiniques font appel à l’autorité civile. Les rabanim ont tous une liste d’avocats virulents qui savent défendre les femmes et qu’ils recommandent.

Ce qui est bien le comble! La rabanout préfèrent se servir d’un autre système, la loi civile française et israélienne,  pour défendre les intérêts des femmes!! N’est-ce pas là un aveu patent d’échec du système et un manque inouï de réactivité face au problème du divorce? Plus encore, l’utilisation de la loi civile témoigne que le tribunal rabbinique évolue dans un paradoxe étrange: ne pas changer la loi juive, mais utiliser la loi civile pour combler les manques du rabbinat! Ce qui, de facto, est un aveu d’incomplétude de la Loi juive telle qu’elle est comprise et utilisée par le rabinat.

Les maris préférant la prison existent

En Israël, ils peuvent aller en prison un certain temps, ce qui constitue une sorte de monnaie d’échange, car alors, une partie de la pension alimentaire est déduite après leur temps d’incarcération! Il est vrai que passer une nuit en prison est traumatisant, mais combien peu au regard du stress immense pour la femme de devoir défendre un droit universel de disposer de son corps, de son cœur et de son âme. La loi actuelle lui interdit chacun des trois.

L’épreuve de la prison ne compense en rien l’injustice faite aux femmes soumises à la tension du divorce, et la ruine, il faut le dire, financière que constitue les frais d’avocats. Dont on ne sait jamais quand ils se termineront: à chaque étape les femmes se retrouvent à devoir payer encore et encore. Les femmes, et leurs familles bien sur.

Notre hala’ha veut préserver la sainteté de l’âme par les lois du divorce, elle l’affaiblit au contraire et génère un puissant sentiment de révolte contre le système et par la même, contre D.ieu (puisque souvent on est tenté de jeter le bébé avec l’au du bain).

Il y a ceux qui se rendent insolvables

Ils se mettent au chômage pour ne pas avoir à payer de pension alimentaire, et continuent à percevoir un salaire au noir, avec la bénédiction des patrons qui embauchent au noir (c’est un autre dossier)…

Il y a ceux qui fuient dans un autre pays

Nous pouvons dire merci à la rabanout française de ne pas avertir les communautés où ils arrivent! Et ils le pourraient: il y a bien une liste noire des mamzerim, à quand la liste noire des maris récalcitrants.

Une attente… pour les femmes

Conséquences immenses sur le bien-être mental et physique

On exerce sur lui une coercition indirecte: cela ne signifie pas grand chose, car rabin Gugenheim  omet de préciser, c’est que pour en arriver là, les femmes peuvent attendre de très très longues années, laissant passer leur jeunesse. Une attente que le mari ne dédommagera bien sur jamais. On ne parle pas vraiment de la douleur et des conséquences du stress subi par les enfants spectateurs de cette injustice inouïe, qui ne peut être mesurée par une équation mathématique.

La femme attend, l’homme pas

Rappelons que l’homme peut se marier autant de fois qu’il le veut, il n’est donc pas obligé de divorcer pour se marier à nouveau. Je connais personnellement des rabins qui encouragent à le faire afin que ces hommes ne restent pas trop longtemps seuls, et donc éviter d’avoir des relations sexuelles en dehors du mariage.

Des dommages et intérêt… vraiment?

« La femme peut attaquer le mari en dommages et intérêts sur la base d’une intention malveillante. Plutôt que d’être condamné à payer une somme importante, il donnera le guet. »

Faux!!! Il préférera dans de très nombreux cas ne pas donner le guet! S’il est riche cela ne l’impressionnera certainement pas (et s’il est pauvre, et bien le tord que le mari peut infliger à sa femme sera sa richesse).

La pression pour renoncer à la pension alimentaire

De plus, et cet article est effroyablement incomplet, c’est tout le contraire qu’il se passe: de nombreux rabbins poussent la femme renoncer à sa pension alimentaire, afin d’encourager le mari à donner le guet. Nous nous retrouvons dans une situation stupéfiante où, pour retrouver leur liberté, ces femmes doivent choisir de se retrouver seules à élever leurs (souvent nombreux) enfants. Je ne vous parle pas de la situation financière effroyable dans laquelle elles se trouvent.

Les maris, nous l’avons vu, ayant toute liberté pour refaire leur vie ailleurs. Les femmes non, puisqu’elles ont la garde des enfants, elles ne retrouvent que pour très peu d’entre elle, de maris qui veulent vivre avec leurs enfants.

Il est déplorable, alors que le judaïsme est une source de vie pour un peuple plusieurs fois millénaire, que la société juive soit à ce point plombée, et que la recherche concrète de solution, dans le cadre de la Loi juive, n’ait pas aboutie à quoi que ce soit de clair et d’efficace. Le peuple juif est au sommet de toutes les sciences mais en retrait déplorable pour le contrat de mariage et le divorce.

« Il faut gérer les divorces au cas par cas »

La société juive est, elle aussi, soumise à l’épidémie des divorces: les employés du rabbinat en France et en Israël sont littéralement débordés, et cela ne va pas s’arranger. On ne peut plus se contenter de gérer au cas pas cas. Avant, cela n’existait pas un homme qui refuse de donner le guet. Aujourd’hui, c’est monnaie courante.

Il n’existe pas d’autre solution que de changer la Loi à la base si l’on ne veut pas que les parents encouragent leurs filles à se passer du mariage religieux, pour ne pas avoir à subir le contrôle de leur « futurs ex maris » sur leur vie affective, psychologique et ne l’oublions pas, sexuelle (puisqu’il est interdit aux femmes non divorcées d’avoir une vie de couple avec un autre homme tant qu’elles restent mariées).

Il est grand temps de qualifier de crime (infraction très grave à la loi, à la morale, aux lois humaines) le fait pour un homme de ne pas donner le guet.

Ressources

– Excellent dossier sur le statut de la femme dans le judaïsme à travers les textes et les âges. Influence du christianisme sur la pensée occidentale et différence fondamentale avec judaïsme.
– Il existe des solutions au problème des femmes Agounot
Conférence en ligne passionnante sur les femmes enchainées par leur mariage

Vidéos choisies

Un article de Malka Barneron. (Madéhat Néssoua - Thérapeute de couple - Accompagnement pour les conflits dans la famille - Coaching pour la Alyah - Choisir sa place dans le judaïsme)

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