Rembourser ses dettes: moralité et judaïsme

Les petites dettes

Dans la vie de tous les jours, il est des pensées qui sont capables tout simplement de nous rendre fous: ces petits rien qui nous font dire « mais pourquoi fait-elle/il cela »?!! Je veux parler des petites dettes que nous oublions de payer ou celles que d’autres n’en finissent pas de nous rembourser…

Si ce n’était si fréquent, je pourrais vous dire: « bon, laissez tomber, oubliez, cela ne vaut pas le coup de dépenser tant d’énergie pour si peu »… mais ne pas rembourser ses dettes est un sport qui se pratique de plus en plus et qui témoigne d’un vice structurel en nous et un manque de travail sur soi.

Quelle capacité à oublier!

Je ne parle pas des dettes ici qui impliqueraient une intervention d’un organisme de recouvrement de faillite ou lorsque l’on est victime d’escroquerie, je parle des petites sommes que vous n’avez pas encore payées à votre épicier, votre traiteur, l’école de vos enfants, vos proches, votre comptable, votre psy, etc.

Point de vue de la loi juive

Michné Thora Sefer Michpatim: Hilhot Malvé vélové: rembourser un créancier est une Mitsva. En dehors de cet acte hautement répréhensible d’un point de vue hala’hique, il y a l’impact que cela a sur nos relations avec les autres, et plus encore le ‘hiloul hachem que cela déclenche. C’est pour éviter les malentendus et donc les avérot qu’il est « interdit de prêter de l’argent sans témoins, même à un érudit » car il transgresse l’interdit de « ne pas mettre un obstacle devant un aveugle ».

Car ne nous y trompons pas, lorsque nous nous comportons avec désinvolture, manque de droiture  ou tout simplement avec négligence, c’est bien plus que notre propre renommée que nous mettons à mal, c’est celle des juifs en général. Que dire des phrases comme: « de toute façon, les religieux on les connaît, ils ont de quoi envoyer leurs gosses à l’école juive, mais payer leurs dettes, c’est autre chose ». Ce genre de phrase, nous ne devrions jamais, jamais les entendre!

Lorsque que je développe ce thème dans mes ateliers, j’entends souvent: « écoutez, chacun dépense son argent comme il veut« . Oui, certes, mais cela n’explique pas le manque de droiture et que nous mettions les priorités là où cela nous arrange.

Exemples de petites torsions à l’honnêteté

  • Allez- vous vraiment vous acheter cette nouvelle perruque alors que le directeur de votre gan attend encore que vous payiez votre dette des 2 derniers mois?
  • Allez- vous encore emprunter à la banque pour vous payer ces vacances à la montage alors que vos employés attendent toujours leur formation continue (obligatoire)?
  • Et le mariage de votre petit dernier, vous allez vraiment vous endetter pour faire bonne figure dans la communauté alors que vous n’avez pas fini de payer le précèdent mariage?
  • Est il vrai que vous êtes allé au dernier gala de l’école de vos enfants alors que l’on vous coupe sans cesse le téléphone?

Mes remarques vous ont interpellées? Soudain, la gène fait surface? Laissez-là émerger, c’est très sain et c’est bon signe!  Ce qui ne l’est pas, c’est de laisser enfouie cette honte en risquant qu’un jour, quelqu’un vous ramène à la réalité d’une façon éventuellement fort déplaisante. Mettant en péril l’équilibre et votre couple et votre famille; car soyons en certains, voir débarquer les huissiers qui décident de vous prendre vos meubles par exemple, ça laisse des traces.

Du point de vue de la psychologie

Payer ses dettes d’argent illustre aussi d’autres capacités à payer. C’est accepter qu’à toute faute il y a une sanction, et c’est donc accepter de ne pas s’y soustraire. Payer une dette c’est accepter de se démunir d’un argent qui n’est pas le notre, c’est aussi renoncer. C’est faire passer le bien être d’autrui avant nos propres envies. Que témoigne de notre comportement le fait de ne pas payer ses dettes? Sans développer ici une thèse sur le sujet (qui aurait beaucoup de succès, j’en suis sure) voici quelques pistes de réflexion.

Ne pas payer ses dettes c’est:

  • une méconnaissance des valeurs de justice du judaïsme
  • un vice de forme de notre cerveau qui nous fait croire que « ce n’est pas si grave ».
  • une auto persuasion que nous avons tous nos petits défauts, alors qu’on n’en fasse pas une tartine!
  • une difficulté à comprendre et réaliser que dans la vie, tout se paie, et que tôt ou tard, nous aurons à rendre des comptes.
  • que nous sommes chomré mitsvot, alors pas d’inquiétude, nous allons nous arranger avec le bon Dieu.
  • l’oubli qu’être « Am kadoche » se mérite grâce à une comportement irréprochable envers nos semblables.

Les  désagréments causés à l’autre

Dans le cas du paiement de la dette, il y a tout un tas de petits désagréments que nous avons occasionnés à celui à qui nous devons de l’argent. Si la personne n’en a pas, ces 50 euros que nous lui devons étaient peut être la sortie du mois avec sa femme que nous lui avons dérobée. Ou un cadeau promis à un de ses enfants. Nous sommes-nous soucié de l’effort qu’il a fait pour nous relancer? Avons nous imaginé cette peine de devoir courir après une somme que nous lui devons? Cette colère qu’il a peut être développée à cause de nous, nous en soucions-nous?

Petite dette deviendra grande

Dans tout cela, je ne parle pas des francophones qui viennent détruire littéralement la renommée d’Israël en exportant leurs turpitudes, leurs bassesses, leur roublardise et leurs escroqueries; ceux qui font leur Alya pour mieux voler le fisc français, ceux qui viennent vivre en Israël pour ne pas payer la pension alimentaire à leur femme, ceux qui volent la vie de leur femme en ne leur donnant pas le guet…

Chers amis, je vous en supplie, revenez vers cette droiture et cette moralité qui est en vous et que vous avez dissimulé par des années de paresse et de négligence… car il en est de la moralité comme de l’appétit pour manger ou comme de la vie sexuelle (et oui, argent et sexe sont intimement liés): moins on en fait, moins on a envie d’en faire.

Certains d’entre nous, aimeraient bien changer cette mauvaise disposition d’esprit, et revenir vers un comportement plus en accord avec la Loi divine. C’est possible. Je connais quelques personnes qui ont eu des salaires fabuleux en travaillant dans les options binaires et qui ont réussis à s’en extraire.

C’est en travaillant sur les petites sommes que nous devons, que nous érigerons une barrière autour de notre moralité. C’est de cette barrière là dont parle la Thora.

Un problème dans l’éducation des enfants

Dans nos yéchivot et séminaires, ce n’est pas sur le comportement dans la vie professionnelle et dans le commerce qu’on insiste le plus. Les enfants travaillent sur des parties de la Guemara et de la Hala’ha qu’ils n’utiliseront jamais, mais rien, pas de Moussar sérieux sur le sujet.

Quand j’étais petite (déja 50 ans!) il y avait cette pratique merveilleuse à l’école de la république qui consistait à réfléchir sur une phrase de morale avant de commencer les cours. Cela s’appelait « Instruction Morale« . Et c’était pendant toute la journée notre cerveau qui travaillait sur le sujet en arrière plan. L’honnêteté, la droiture, la reconnaissance, la sainteté de la parole donnée, la fidélité aux lois du pays de résidence, l’acceptation du joug du devoir civil ou militaire, les devoirs envers les pauvres et les démunis, la famille, le respect, etc.

Si votre école n’enseigne cela, je vous recommande de le faire à la table de chabbat en vous inspirant de la liste des maximes sur l’Instruction civique et morale. Et d’en faire la requête à l’école!

Alors, que faire?

Et bien il n’y a pas 36 000 solutions

  1. Introduire les valeurs de bases à l’école afin de construire la société juive de demain qui saura payer ses dettes. Et l’on a vu qu’il ne s’agit pas seulement de donner l’argent que nous devons, mais de s’acquitter des dettes envers notre pays, envers autrui (tous, d’où qu’ils soient), et même celle que nous pensons avoir envers D.ieu.
  2. Participer à des groupes de réflexion sur la moralité
  3. Se faire aider, même si pour cela il faut payer un professionnel qui nous aidera, car être droit, c’est un véritable investissement!

Et je vous garantie, que votre associé dans cette nouvelle ambition est bel et bien Hakadoche Barou’h hou Lui-même. S’Il est kadoche, n’est-ce pas pour nous montrer que nous aussi, nous pouvons l’être?

Un article de Malka Barneron. (Madéhat Néssoua - Thérapeute de couple - Accompagnement pour les conflits dans la famille - Coaching pour la Alyah - Choisir sa place dans le judaïsme)

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