Pardonner pour guérir?

Pardonner pour moins souffrir?

On lit partout que oui, pardonner c’est la voie royale. Je n’en suis pas certaine. Je pense qu’on y arrive en  travaillant sur l’intensité de l’émotion et la dictature des pensées parasites et toxiques, en diluant la rancœur et la souffrance.

Comment fait-on cela?

En ruminant de moins en moins longtemps et de moins en moins souvent. Alors, l’objet de la souffrance diminue pour presque disparaitre. Non parce que nous avons pardonné, mais parce que la souffrance n’est plus dans notre champs de vision. A force de l’affaiblir, elle disparait, ou plutôt nous ne la voyons plus, nous ne la ressentons plus.

Moins souffrir est-ce pardonner?

Le problème sera- t- il pour autant réglé sur la douleur est moins intense? Non, mais il cessera de nous importuner et de phagocyter notre énergie vitale. Pour souffrir moins, point n’est besoin de pardonner. Mais d’oublier, de prendre de la distance. Prendre sa vie en main et décider fermement de faire de son séjour sur terre un coin de paradis.

Les blessures de la vie

Avant de répondre si oui ou non il faut pardonner, voyons les situations qui provoquent le replis sur soi, la haine, le désir de vengeance, de revanche, de faire payer. Celles qui cisaillent la blessure d’injustice, la peur d’abandon, la révolte contre les épreuves de la vie et contre D.ieu. Celles qui déclenchent une hostilité si forte qu’elles empêchent souvent de pardonner.

Les blessures du cœur

  • avoir été abandonné ou s’être senti abandonné
  • avoir aimé mais ne pas avoir été choisi par l’autre
  • ne pas avoir reçu assez ou correctement de l’amour; celui qui nous était du, ou que l’on pensait nous être du
  • avoir subit des violences ou des maltraitances
  • avoir vu un proche être plus aimé que nous, ou recevoir plus

Les blessures physiques

  • les coups portés aux enfants
  • l’inceste et la non assistance du ou des parents
  • le viol par un proche ou un ami de la famille et pour lequel les parents n’ont pas porté plainte
  • la déportation pour les dépotés et les descendants de déportés
  • avoir du s’occuper d’un proche malade,  handicapé ou psychiquement fragile
  • la fatigue due aux grossesses rapprochées et aux nuits blanches
  • l’interruption volontaire ou non de grossesse, la perte d’enfant
  • la dégradation du corps et la maladie

Les blessures dues à l’argent

  • le détournement d’héritage
  • l’emprunt non rendu
  • le vol et l’escroquerie entre proches
  • le vol aux assurances, à l’état, au fisc, à ceux qui ne nous ressemblent pas, pour ce motif là…

Les blessures spirituelles

En vouloir à Dieu:

  • pour une épreuve insoutenable
  • parce qu’il ne se manifeste pas clairement, qu’il est toujours possible de prouver qu’il n’existe pas et que Ses simanim sont des leurres
  • pour avoir placé dans le monde l’impossibilité de prouver que c’est tel ou tel judaïsme qui est le bon
  • pour la solitude et parfois le désespoir qu’imposent cette quête de vérité
  • pour ne pas avoir trouvé la réponse à nos questions
  • pour ne pas ressentir les mitsvot et les fêtes et trouver le joug de la Thora trop lours

Peut-on tout pardonner?

Non, je suis convaincue que non et plus que cela, je ne pense pas que cela soit souhaitable.

Prenons l’exemple de l’Allemagne nazie ou des fanatiques islamistes: le pardon viendrait effacer l’Histoire et ça, il n’en est pas question. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille rien faire: nouer des liens et avoir des activités et des échanges avec des allemands est bien et nécessaire (on voit d’ailleurs que cela a vraiment et profondément réussi). De même, continuer à parler avec les pays arabes est incontournable. Cependant, si on peut construire autours du camps d’Auschwitz, celui-ci ne doit pas être déplacé. Il en est de même de certaines blessures qui ne peuvent ni ne doivent être effacées, quand bien même on se soigne et qu’avec le temps, l’intensité se dilue. On ne peut tout pardonner.

Les étapes incontournables du pardon

  1. quand on a pu dire ce qui nous à détruit à notre bourreau ou agresseur (viol d’un enfant par sa mère ou par son père)
  2. quand le bourreau a compris et validé ce que nous avons dit
  3. quand il est brisé vraiment (comme on le voit dans les groupes de parole israélo allemands)
  4. quand il change sa vie radicalement (comme quand le gouvernement allemand interdit tout acte antisémite, contrairement à la France ou à la Belgique).
  5. quand la personne a demandé pardon
  6. quand elles a fait un travail thérapeutique, prouvant qu’elle a compris la différence entre dire pardon et déraciner en elle ce qui a permis de faire le mal

Doit-on se travailler et se forcer à pardonner?

Certainement pas!

Pardonner est un choix, c’est un désir, rien de plus. Il n’est pas plus obligatoire de pardonner que d’aimer la couleur verte: j’aime ou je n’aime pas le vert, ça me regarde et je n’ai pas à m’y forcer.

Pardonner le mal fait à nos enfants

Une maman de la région parisienne raconte:

« Je suis mora dans une école et j’ai appris il y a quelque années, que la mora d’une petite fille de la communauté la laissait se faire pipi dessus. Cela à duré pendant tout le CP. La mora disait qu’elle n’avait qu’à aller aux toilettes avant d’entrer en classe. Aucun parent n’était au courant: les enfants avaient peur et ne racontaient rien… et les parents ne posaient pas de questions. Plusieurs professeurs dans la communauté le savait, personne n’a rien dit. Le directeur aussi savait.

Aujourd’hui, si j’avais le courage, je porterais plainte. Je connais son histoire d’enfant maltraitée devenue ensuite parent maltraitante. Cette petite fille a maintenant 27 ans et n’a jamais pardonné à sa mora. Moi non plus. Ai je envie de pardonner? Non. Ce souvenir me pourrit il la vie? A moi non, de la rancœur quand j’en parle, comme maintenant. A elle, oui: ses histoires d’amour frisent toujours la maltraitance ».

Pardonner la ruine

Un père de famille, ruiné par une boite dans le Forex témoigne: « Je peux oublier. Pardonner c’est autre chose. Je peux me travailler à ne pas en vouloir à celui qui m’a blessé, à ne pas augmenter ma haine. Je peux comprendre comment les choses ont pu arriver, l’histoire personnelle de la personne qui m’a ruiné et le système qui a permis que cela arrive. Je peux utiliser mon talent d’analyste, mon intelligence: cela me permettra peut-être de lui pardonner.

Aujourd’hui, pardonner n’est pas le but, pardonner c’est le résultat éventuel du temps qui passera, de mon rétablissement financier. Pardonner me sera plus accessible si ma femme veut bien revenir vivre avec moi. J’ai oublié de préciser qu’elle m’avait mise en garde contre ces boites d’escrocs (me traitant moi aussi de ce qualificatif).

Pardonner c’est l’affaire de D.ieu, la mienne c’est de m’en sortir, et le pardon n’est pas la voie obligatoire, je n’ai pas choisi cette voie ».

Pardonner pour avoir la paix?

Lacher prise pour pardonnerSur le réseaux sociaux circule cette photo d’un sage hindou qui dit « Pardonnez aux autres, non pas parce qu’ils méritent le pardon, mais parce que vous méritez la paix d’esprit ». Sans doute… La haine et le désir de vengeance, la rancœur nous bouffent de l’intérieur. Ces sentiments appellent continuellement à une consommation extrême et inutile de notre vitalité. Ils nous épuisent, ils sont toujours là, en veille, prêts à faire démarrer la locomotive. Le pardon a pour effet de classer le dossier pour ainsi dire. Et de nous libérer, de vivre à nouveau en paix, d’avoir été réparé.

L’accumulation de rancœur

Aussi longtemps que nous restons prisonniers de nos mauvais souvenirs, il n’y aura pas de place pour de nouvelles possibilités. Nous voulons chasser ces souvenirs qui nous chagrinent, les expulser de notre mémoire, mais en agissant ainsi, nous ne faisons que d’y repenser et de les revivre à nouveau. Nous n’en sommes pas libres, et restons empoisonnés, pris dans les filets de la haine. Si l’on ne doit pas s’obliger au pardon, il est vital de ne pas laisser la haine remplir notre cœur et contrôler notre vie. Si cela arrive, il est urgent de consulter.

Pardonner à ses parents?

Nous leur devons parfois beaucoup; mais la plupart des personnes leur en veulent encore à un âge avancé, pour ce qu’ils ont fait et pour ce qu’ils n’ont pas fait. Nombreux sont ceux d’entre nous qui nous trimbalons des casseroles encore à 40 ans, qui n’avons pas renoncé à ce que nous n’avons pas eu, et qui continuons à l’attendre, désespérément… au travers de nos enfants ou de notre conjoint. Pour parvenir à leur parler, il y a la méthode forte et qui casse tout, et puis il y a d’autre méthode, qui ménage notre sensibilité, notre estime de soit et aussi notre besoin de justice, notre souffrance soit reconnue et que quelque chose change.

Comment leur parler

Mony Elkaïm imagine que l’on pourrait leur dire : « Je suis sûr que vous avez fait du mieux que vous avez pu, mais voilà comment je l’ai vécu. Je ne vous le dis pas parce que je veux vous attaquer mais parce que vous êtes importants pour moi, que notre relation m’est essentielle« . Parler différemment à sa famille peut permettre d’être écouté différemment.

Peut-être leur écrire

D’autres thérapeutes, comme Isabelle Filliozat, conseillent d’écrire. Non pas d’un jet, sous le coup d’une douleur, mais calmement, en pesant chaque mot. Non en accusant, mais en racontant notre propre souffrance. Si les parents sont décédés, on déposera la lettre écrite sur la tombe avec deux objets, l’un représentant le bon que l’on a reçu, l’autre le mauvais.

La thérapie pour pardonner?

Elle permet de prendre du recul, de cesser de ruminer les injustices dont nous estimons avoir été victimes, de faire le deuil des bons parents que nous n’aurons jamais. Si elle n’accomplit pas de miracles, l’ardoise ne va pas s’effacer d’un coup de baguette magique, « elle va induire des changements qui rendront les relations enfin vivables« , insiste Sylvie Angel.

Lorsque le lien n’est pas possible

Poser des limites très strictes, y compris géographiques, se révèle parfois obligatoire. Et, en cas de violence avérée et de relations vraiment toxiques, préconise Sylvie Angel, « il est légitime de couper le contact avec ses parents et de ne plus les revoir si ce n’est sur leur lit de mort. Il nous est demandé de respecter nos parents, pas de les aimer ».

Pardonner mode d’emploi

Finalement, quelle est la procédure pour pardonner

Je ne sais pas

« Je dois bien l’avouer, je ne sais pas… il y a des choses que je n’ai jamais pardonné. La violence de ma mère, la lâcheté de mon père lorsqu’elle nous tabassait… non, je n’ai pas oublié et je n’ai pas pardonné… j’ai 63 ans » explique Shimon. De même que je ne m’attends pas à ce que mes enfants me pardonnent de les avoir frappé comme un cinglé avec ma ceinture. Me pardonner leur appartient. Non seulement je ne l’exige pas, mais je ne l’attends pas. Ce serait comme exiger la pluie.

Mais j’ai fais mon chemin; je suis en thérapie depuis  2 ans et je leur ai demandé pardon. Pour l’instant ils m’écoutent. Un jour peut-être le pardon viendra. pardonner mode d’emploi.

Guérir des blessures du cœur

lacher prise et pardonnerFinalement, proposons une définition du pardon. Le pardon nous emperche d’être en lien avec les êtres humains et avec notre environnement. Pardonner serait avoir un coeur cicatrisé, non un coeur qui n’a jamais été blessé. Pardonner ce n’est pas se réconcilier, c’est s’occuper de son coeur à soi et de sa souffrance. Évidemment nous ne pouvons agir sur l’autre: il lui appartient de faire ce travail, si il le veut.

Pardon et religions

Le pardon… toutes les religions en parlent!

Kipour: le grand pardon

C’est un jour particulier de réflexion où Dieu pardonne pour tout ce que nous nous sommes infligé à nous-même ou à notre entourage, et si nous nous sommes détourné du chemin juste. Pour cela, nos Sages conseillent une introspection profonde et authentique (téchouva), de regretter ce que nous avons pensé, dit ou fait et demander pardon à ceux que nous avons offensé. C’est une prise de conscience qui demande réparation des tors causés.

Mais Kipour porte ses fruits d’autant mieux que toute l’année nous avons médité sur le sujet du pardon, de ce que nous pourrions vouloir pardonner, de ce que nous pouvons pardonner, en toute tranquillité et sans culpabiliser nous ne le pouvons pas, ou si nous ne le voulons pas… pas encore 🙂

Le pardon dans les différentes religions

Le christianisme en a fait sa religion: c’est à travers le pardon que D.ieu libère l’homme de la prison générée par la rancœur, le désir de vengeance ou la haine. Dans le christianisme, la libération vient de Dieu: c’est Lui qui soulage l’homme et qui pardonne. Le pardon y est une force de bonté et d’attitude mentale et psychologique qui doit être développée.

L’islam le recommande: « quelle est la personne la plus chère auprès de toi? Celle qui ne se venge pas, bien qu’elle en ait le pouvoir » (Harâiti). « Le Pardon est nécessaire car il renforce la foi et rapproche du Très-Haut« . « Celui qui s’attache à demander pardon régulièrement, Allah lui accorde la subsistance et le délivre de son tourment » (Imam At-Tabaraniyy).

Le bouddhisme considère le pardon en premier lieu comme un bienfait pour celui qui pardonne. Tous les êtres vivants étant dépendants les uns des autres, pardonner agit sur la chaine des êtres humains et pacifie le monde. Dans le bouddhisme, le pardon guérit le monde.

Un article de Malka Barneron. (Madéhat Néssoua - Thérapeute de couple - Accompagnement pour les conflits dans la famille - Coaching pour la Alyah - Choisir sa place dans le judaïsme)

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