Le don d’organe: une obligation juive?

 Les donneurs d’organes représentent 34% des décès en Espagne, 28% en Belgique, 27 % au USA, 25% en France, 15 % au Canada. Israël est au plus bas des pays occidentaux des donneurs/receveurs malgré une augmentation très significative qui permettra de lutter contre le trafic d’organes israéliens dont parlent les journalistes européens, ce qui fait de la diffusion de la mitsva du don d’organe une double obligation juive.

Le don d’organe: une des mitsvot les plus nobles

Pour les principales religions monothéistes, la vie humaine est primordiale et tout ce qui peut la sauver ne rencontre pas d’opposition de principe. Celui qui sauve une vie sauve un monde » (Michna, Sanhédrin 4:5).

La raison morale qui encourage au don d’organe est d’une grande évidence. Emmanuel Hirsch et Eytan Ellenberg, dans leur article « Dimension morale du don » écrivent: le devoir supérieur de tout mettre en œuvre pour porter assistance à toute personne en danger de mort est une notion de Piqqouah néfeche. (..) Nous avons le « devoir de non-indifférence ou de non-abandon« .

Le don d’organes n’est pas limité aux morts et le don d’un rein par une personne en bonne santé et vivante par exemple est aussi autorisé.

Pour le judaïsme, l’application de cette mitsva rencontre de nombreuses interdictions hala’hiques que les différentes rabanout n’ont pas encore réussi tout à fait à résoudre, bien que la décision rabbinique en Israël ait changé depuis 2008. « Le don d’organes est permis dans le cas où l’on a besoin d’un organe pour une greffe spécifique et immédiate« .

Comment donner ses organes

En France: l’autorisation est automatique par consentement présumé qui fait de nous des donneurs potentiels par solidarité nationale. Si vous ne voulez pas être prélevé, il est nécessaire de le demander et de s’inscrire sur le registre national des refus de don d’organes.

Le grand rabbin de Paris Michel Gugenheim déclarait en janvier 2017 que « Étant donné les nombreux problèmes halakhiques que pose le prélèvement d’organes, il convient de s’inscrire sur le fichier national du refus ». La tendance ultra orthodoxe du grand rabbin le place dans les (10% environ) qui ne reconnaissent pas l’autorité morale du Conseil central du rabbinat et tranchent différemment. Le GR considère que le débat dans le judaïsme pour savoir comment définir l’état de mort cérébrale continue, malgré la décision claire du Conseil central du rabbinat israélien.

En Israël:

adi.gov.ilIl est recommandé d’être porteur d’une carte de donneur d’organes pour éviter tout problème légal ou halakhique, d’autant plus qu’il y a une terrible pénurie d’organes. Le site israélien du don d’organe EDI permet en 30 secondes de donner l’autorisation de prélèvement: une carte vous est ensuite envoyée que vous devrez porter sur vous.
Tel: 1 800 609 610

Comment prélève- t- on un organe

Don d'organe et judaisme

Chez les donneurs vivants, on peut donner le sang du cordon ombilical, la moelle osseuse, le foie, un rein et chez les donneurs décédés en état de mort cérébrale confirmée: le cœur, les poumons, le foie, les reins, le pancréas, l’intestin, les os, les tissus. (cf: teledon.be)

La plupart des organes peuvent être prélevés une fois le coeur arrêté. Mais pour les poumons, le foie et les reins par exemple, il doit être en train de battre au moment du prélèvement.

La procédure pour les prélèvements

  1. Les étapes de la transplantation sont parfaitement définies. Elles commencent dès que le donneur est en état de mort cérébrale (il n’y a plus d’irrigation et d’activité au niveau du cerveau). Ce sont 3 médecins indépendants qui la constateront avant d’autoriser le prélèvement.
  2. La compatibilité avec le receveur est établie par le groupe sanguin et la compatibilité entre avec les gênes du donneur, son poids, sa taille et sa masse corporelle.
  3. Les organes sont ensuite acheminés dans des glacières hermétiques ne dépassant pas 4°C  et prennent immédiatement le chemin de l’hôpital où les attendent son receveur et l’équipe spécialisée.

Conditions obligatoires

Le prélèvement est autorisé:

  1. lorsque l’on est sûr que l’organe sera effectivement employé pour sauver des vies
  2. si le défunt a expressément signifié son consentement de son vivant
  3. si la justice le demande
  4. quand cela va permettre d’effectuer des recherches de maladies héréditaires au bénéfice des poches parents
  5. si le diagnostique de mort cérébrale est effectué par 3 médecins indépendants des équipes de prélèvement et de transplantation.

Moment où il va être transplanté

La tradition juive jusqu’en 2008

Jusqu’en 2008 en Israël, un organe ne pouvait être prélevé que sur une personne est déclarée morte selon la loi juive. Celle ci stipulait que « la plupart des organes doivent être prélevés alors que le cœur bat encore et donc que la personne est toujours vivante. Le moment de la mort étant jusque là défini comme celui où le cœur s’arrête. (fr.chabad.org).

Modification de la Hala’ha

Depuis 2008, le Conseil central du rabbinat, qui comprend quinze rabbins d’Israël fonctionnaires de l’Etat, a entériné la loi adoptée en 2008 par la Knesset reconnaissant la mort par arrêt de l’activité cérébrale. Le décès n’est plus exclusivement constaté lorsque le coeur cesse de battre mais aussi lors de l’arrêt des activités cérébrales. La mort cérébrale invoquée par le corps médicale et qui l’était donc pas au regard de la majorité des décisionnaires de la loi juive devient suffisante.

Le site massorti.com explique parfaitement ce changement: dans les années 1960 les premières transplantations de cœur se soldaient pas la mort des personnes dans les heures et jours qui suivaient l’opération. Mais 20 ans plus tard, le médicament anti rejet Cyclosporin A permis une augmentation spectaculaire des taux de réussite.

Le respect du corps

Lorsque une personne est déclaré décédée, l’hôpital va prélever tous les organes qui peuvent être utilisés. Ceux qui ne le seront pas ne sont pas, semble-t- il, automatiquement retournés pour être enterrés. Ce qui entre en conflit avec l’obligation d’enterrer le corps dans son entier car la loi juive interdit la profanation d’un cadavre nivoul hameth. (Cela n’inclue pas, bien sur, les organes dont on a besoin et dont on sait qu’ils vont être utilisés pour sauver une vie).

Enterrement du corps entier

Bien que la Torah nous ordonne d’être enterrés entiers, ce commandement sera écarté devant celui, plus important, de sauver des vies. Il va se soit qu’il faudra tout faire pour que les organes dont la médecine n’aura pas utilisés devront être rendus à la famille, ce qui, selon les endroits, n’est pas toujours fait à temps ni possible.

L’organisation ZAKA qui se rend sur toutes les zones d’attentats et de cataclysmes pour rassembler les parties de corps des personnes, témoigne à quel point enterrer un corps le plus complet possible est important pour le judaïsme.

Consultation d’une autorité rabbinique

En Israël, un rabbin est systématiquement consulté semble-t-il pour s’assurer de ce qu’il advient du corps et du respect du corps après prélèvement des organes, principales sources de problèmes hala’hiques du don d’organe.

Un article de Malka Barneron. (Madéhat Néssoua - Thérapeute de couple - Accompagnement pour les conflits dans la famille - Coaching pour la Alyah - Choisir sa place dans le judaïsme)

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