Violences conjugales: silence et honte

La communauté juive réagit

Violences conjugales dans la communautéLa violence conjugale touche 90% de femme et 10% d’hommes. Dans l’Union européenne, sept femmes meurent chaque jour des suites de violences conjugales. Voici quelques questions auxquelles nous allons tenter de répondre:

↵ Parler de la souffrance fait-il plus mal que la souffrance elle-même? ↵ La peur de dénoncer un personne connue dans la communauté est-elle légitime? ↵ Entre crainte de détruire l’image du père de vos enfants, et nécessité de dénoncer, a-t-on le choix? ↵ Vous savez ce qu’il se passe chez un proche, chez votre voisine: que devez-vous faire?

I. Vos enfants vont-ils devenir comme lui

Les conjoints violentsOn sait maintenant que la violence, comme les troubles du comportement et de la personnalité, se transmettent souvent d’une génération à une autre, pas parce que c’est dans les gène ou que c’est une malédiction divine, mais parce que les enfants font ce qu’il ont vu, ils copient le modèle du couple parental.

Parmi les parents qui ont conscience de refaire ce que leurs propres parents faisaient, nombreux désirent plus que tout que ce cercle infernal se brise enfin… sans y parvenir. Quand le tabou d’aller voir le thérapeute familial ou le psychologue ne freine pas les parents, ceux-ci font appellent à lui afin… que l’enfant y aille!!

Malheureusement, et c’est le coeur du problème, cela est loin d’être suffisant. L’enfant va apprendre à prendre soin de lui-même, oui, et c’est formidable, mais la chaîne transgénérationnelle de la violence ne se brisera que si les parents prennent eux aussi soin de leur blessure et parlent en consultation avec un professionnel.

II. Parler fait-il plus mal?

Libérer la paroleLa violence de l’autre déchire, elle brûle, elle assèche et elle détruit, aussi sûrement quand il s’agit de coups physiques que de violences psychologiques: humiliation, harcèlement, manipulation, estime de soi brisée, confiance perdue… celles-ci ne laissent pas de bleus extérieurs, mais comme il est difficile de les soigner!
Lorsque la violence imbibe votre quotidien, que la douleur terrasse et vous laisse sans force, incapable de réagir, est-il possible encore de parler? Et comment trouver la force de le faire? Est-ce que ce ne serait pas ajouter de la douleur à la douleur?

Parler n’est pas facile

Parler fait mal, souvent au début, pour plusieurs raisons:

  • Nous avons rarement appris à parler de nous dans notre enfance, et devenu adulte, nous ne savons toujours pas.
  • Quand nous avons voulu parlé, notre entourage s’est appliqué à semer le trouble dans notre ressenti : »mais non tu ne la détestes pas pas ta mora »… « mais non tu n’es pas effrayé par les kaparot »… « tu as de la peine, mais ça va passer très vite ».
  • Nous avons appris à parler des autres, mais pas de nous-même: nous sommes très fort dans la critique ce qui à étouffé notre empathie pour les autres, et pour nous-même.
  • Quand nous prenons notre courage à deux mains, parler nous fait l’effet d’une dent solidement plantée que nous devons arracher sans anesthésiant.

De quoi avons nous peur?

Parler, c’est s’ouvrir; s’ouvrir, cela nous vaut parfois des coups parce que celui à qui nous nous sommes ouvert à pris notre pauvre coeur dans ses mains et en a fait de la bouillie. Nous avons peur d’être manipulé, que l’autre s’en serve contre nous.

Avons nous le choix?

Malgré tout, malgré tout… parler fait moins de mal que de se taire. C’est moins douloureux pour vous, pour vos enfants (que vous pourrez protéger en réagissant), justement parce que vous devenez un modèle de personne qui se prend en main. Ce le sera également pour votre conjoint qui se trouvera de facto obligé de cesser de vous maltraiter, puisque vous ne le laisserez plus le faire..

Le professionnel que vous choisirez pour vous aider est un professionnel de l’écoute: il sait attendre que les mots sortent, que ce soit le bon moment pour vous, vous encourager, accueillir ce qu’il y a à l’intérieur de vous, il est patient et bienveillant. Il est la pour vous aider à parler, à votre rythme.

III. La peur de dénoncer

La violence dans la famille existe, contre les maris, contre les épouses, contres les enfants. Dans la communauté, on ose de plus en plus dénoncer, mais c’est encore largement insuffisant. Pourquoi cet omerta ? Parce que c’est faire appel aux autorités non juives, et que le judaïsme orthodoxe interdit de régler ses différents en dehors de la communauté. Ainsi, lorsque l’on subit des violences conjugales, cela se double d’une violence communautaire.

Dénoncer les violences à l’école

Professeurs et directeurs d’école qui ont enfermé des élèves ou les ont frappé, j’en connais personnellement qui sont surtout des cas d’humiliation et de violence psychologique: des jeunes filles rabaissées dans leur féminité pour une boucle d’oreille trop aguichante, ou dont on a remis en question la valeur de leur attachement à Dieu ou à la Thorah parce que non conforme aux normes de l’institution scolaire, cela existe encore. Une cliente me racontait l’histoire de sa machpiah qui tous les matins attendaient les jeunes filles à l’entrée de l’école avec un double centimètre afin de mesurer la longueur, sous le genou pourtant, de la fente de leurs jupes.

Des professeurs et directeurs qui n’ont pas dénoncé des collègues dont le comportement était pourtant résolument digne d’un enfermement psychiatrique, j’en connais personnellement.

Le directeur d’une école connue en France n’a toujours pas destituée de son poste la même maîtresse de maternelle qui avait été maintenu ligoté avec sa ceinture un enfant turbulent sur sa chaise. Cela dura toute l’année. Il n’a pas non plus été fait pression pour qu’elle présente des excuses et se fasse
soigner.

Dénoncer les discriminations ashkenaze sepharade

La violence est aussi terrible lorsqu’elle relève de discrimination au sein du peuple lui même. Mon amie Myriam B témoigne:

« Lorsque je suis allé inscrire ma fille au séminaire, la directrice de l’établissement s’exclama après que j’eu terminé de parler, combien il était dommage pour mes enfants qu’avec un mère d’origine ashkénaze, leur père soit d’origine marocaine ». Cette femme dirige toujours le séminaire à l’heure qu’il est.

Pourquoi tant de laxisme

Parce que… Et parce que l’idée de déstabiliser, de faire des vagues, de montrer du doigt, de briser l’image d’une belle communauté est insupportable.

Femme victime de violences conjugalesMais alors, quel choix avons-nous si nous ne pouvons pas parler? Nous tourner vers la rabanout? Elle n’a pas de pouvoir, hors d’Israël, de faire jeter en prison, et elle l’évite à tout prix souvent, se substituant ainsi à la justice civile tout autant qu’à la justice divine…

De plus, que deviennent ces enfants, ces femmes qui n’auront jamais « porté leur plainte », dont la souffrance n’aura jamais été reconnue, sanctionnée, devant des tribunaux? Rien? Pensons-nous qu’elles vont s’en sortir, et qu’avec le temps, va, tout s’en va »? Qui portera la responsabilité devant le trône céleste de cette non assistance à personne en danger?

IV. Craindre de détruire l’image du père

L'image du pèreChers lecteurs, l’image du père de vos enfants est déjà détruite lorsqu’il frappe leur mère. Mais quelque chose peut être fait, reconstruit: quand le père reconnaît sa violence, et qu’il demande de l’aide. Quand la mère, battue, décide de se faire aider, témoignant devant ses enfants que le malheur n’est jamais « mektoub », que le courage et le respect de soi peuvent faire changer les choses, alors tout devient possible. Rien ne reconstitue plus l’image parentale que des parents qui se soignent.

Pour ceux d’entre nous qui vivent selon les valeurs du judaïsme, ne rien faire est lourd de conséquences à un autre niveau: la Loi divine est représentée par le père; ne pas oeuvrer pour que le père soit à sa place, que son comportement soit juste et digne, c’est fragiliser le rapport des enfants avec Dieu.

Craindre Dieu, cela passe, durant l’enfance surtout, par craindre son père (c’est à dire respecter et redouter de lui porter préjudice). Mais, respecter son père ne peut exister que s’il est digne de respect et qu’il représente effectivement des valeurs nobles: pas seulement par ce qu’il dit, mais surtout, par ce qu’il fait.

V. Interdiction de dénoncer?

Le Sanhedrin et la Loi du paysCertaines sources recommandent et même interdisent de faire appel à la justice civile de votre pays, même en Israël. La plupart des tribunaux rabbiniques en dehors d’Israël ne sont pas constitué de rabins ayant étudié le droit, la finance, l’économie, etc., comme cela était le cas des membres du Grand Sanhédrin qui étaient formé dans tous les domaines et dans toutes les cultures (c’est pour cette raison qu’ils parlaient 70 langues nous dit la tradition).

Bien sur, quand le conflit peut être réglé dans le cadre communautaire, bien sur, pourquoi pas, comme l’entente à l’amiable, la médiation, etc. Mais quand il s’agit de crimes envers les hommes (pédophilie, violences, inceste, viols, violence psychologiques) ou envers l’état (fraude, hiloul hachem des entreprises volant le fisc et l’état) et que que les tribunaux rabbiniques n’ont pas de pouvoir d’application des peines, que faut-il faire? Le Rav Benchetrit le permet si cela peut nous sauver de la prison:

  • « Dénoncer un juif aux autorités, ou leur livrer son argent, est très grave (…). Toutefois, si on est faussement accusé d’un délit et que la seule façon de se dégager de cette accusation est de dénoncer le vrai coupable, on peut le faire ».

Témoignages et ressources

A-t-on l’obligation morale, religieuse et civique de dénoncer un crime? Qu’en dit la Thora, et qu’en dit la loi française. Quelques articles et témoignages pour vous aider à approfondir le sujet.

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