Le mariage juif: souffrance dans la communauté

Le mariage juif en instabilitéVoici quelques réflexions sur les troubles majeurs dont souffre la relation conjugale dans la communauté juive. Cette liste n’est pas exhaustive, mais est le fruit de plus de 1500 heures d’écoute et de consultations dans la communauté juive, réparties plus ou moins comme suit: 40 % orthodoxes, 40% pratiquants et traditionalistes
et 20 % laïcs, en France et en Israël.

Dans toutes les couches de la société, on remarque une très grande ignorance de la façon dont un couple construit une relation et des qualités à développer. Mais l’ignorance en matière de sexualité les dépasse toutes. La confusion et la mauvaise information sont moins grandes chez les couples laïcs, mais tout de même plus qu’on aurait pu l’imaginer.

On remarque une très grave désinformation de tous les âges en ce qui concerne les interdits présumés dans la Thora, où tout et n’importe quoi circule.

Dans une grande majorité des couples, on constate une méconnaissance de la psychologie féminine et masculine. La résolution des conflits n’est souvent pas une alternative, les couples envisageant très rapidement le divorce pour sortir des périodes de crise. La violence conjugale existe bel et bien, de même que le viol dans le couple et le harcèlement sexuel. L’infidélité, l’inceste et la pédophile concernent aussi la communauté juive.

Enfin, et c’est sans doute le point le plus grave, les couples en difficulté ne consultent pas de professionnels, ils se contentent des conseils de proches, d’amis ou de rabbins non formés et non diplômés dans le domaine de la relation de couple.

 

Ignorance en matière de hachkafa

Les couples sont souvent en souffrance dans leur vie intime en raison de l’obligation qu’ils se font de respecter tout une liste, fausse, des interdits sexuels. Cette liste impressionnante de contraintes font de leur vie intime un espace où ils s’ennuient et où ils tentent sans succès d’entrer dans un moule impersonnel et sans aucun rapport avec l’esprit du judaïsme. Voici, parmi d’autres, certaines de ces perles:

  • un homme doit trembler pendant le rapport de peur de fauter
  • une femme ne doit jamais dire non
  • il n’y a qu’une seule position permise
  • on ne doit avoir de rapport que pour avoir des enfants
  • « si j’étais vraiment proche de Dieu, je n’aurais pas besoin de vie sexuelle »
  • le but d’une femme est d’avoir des enfants
  • le plaisir est toléré
  • enfin, une des erreurs les plus courantes dans la communauté pratiquante est de croire que la contraception est interdite. Voyons pourquoi cette erreur là est catastrophique pour l’équilibre du couple.

 

Croyances sur l’interdit de contraception

Contraception et désir

La sexualité au secour dumariage juifPlanning familial et Thora

Le passouk « Perou ourevou » (croissez et multipliez) s’adresse aux hommes. Pour accomplir ce commandement, un homme a besoin d’être en couple avec une femme, et c’est à eux qu’il incombera le fonction d’élever leurs enfants. Logiquement, ce serait donc  à eux que revient la décision de grossesse, à l’exclusion de toute autre personne puisque c’est leur projet de vie à eux. Si l’on observe la réalité, on peut dire que c’est plus particulièrement à la femme, de déterminer sa capacité à s’occuper correctement et en bonne santé de leur progéniture.

Et ce n’est pas pour rien que des sources expliquent qu’une femme peut prendre un contraceptif sans l’accord de son mari (bien sur, cela va avoir des conséquences, mais l’idée est là: le couple a des enfants si la femme le décide). Cette interprétation des textes n’est pas divulgué, et est contredite par plusieurs autres sources (je tiens ces explications d’un dayan de Jérusalem).

Aspects psychologiques de l’interdiction

Ce que l’on constate en consultation conjugale, c’est que lorsque la relation intime se dégrade dans le couple et que les rapports sont de plus en plus espacés et de moins en moins satisfaisants, c’est souvent par crainte que la relation aboutisse à un grossesse non désirée: chacun étant obsédé par l’éventualité d’une future naissance, le couple n’a pas le coeur à l’ouvrage, et multiplie les disputes qui les mèneront lentement, mais sûrement, vers un éloignement physique, seul moyen détourné et pervers de réguler les naissances.

La demande de « éter »

En matière de contraception, certains points sont absolument redoutables et l’on peut se demander s’ils correspondent à la vision divine du couple, de l’amour et de la famille: dans la majeure partie des communautés religieuses, le rabbin intervient et donne son accord ou pas et pour un temps toujours limité, à l’utilisation d’une contraception, souvent arbitrairement décidé, nous allons voir en quoi.

Lorsqu’il décide si le couple peut ou non utiliser de contraceptif, on leur rappelle solennellement que D.ieu sait ce qu’il fait, qu’un enfant c’est une bra’ha et qu’il ne faut pas l’oublier. Nous n’allons pas épiloguer sur cet aspect de la fonction de rav, nous nous intéresserons aux conséquences du contrôle d’une autorité extérieure sur le nombre des naissances et sur la relation de couple.

Différentes situations

Savoir parler avec conviction

Place de la femme dans le mariage juifLorsqu’une femme a de l’assurance, qu’elle sait défendre sa situation, qu’elle s’exprime avec aisance et qu’elle ne se laisse pas impressionnée par le statu du rabbin, elle a, il faut le dire, de bien meilleures chances d’obtenir une dérogation et avoir la « permission rabbinique » de prendre un contraceptif. Savoir défendre son bifteck, montre-t-il à quel point on est convaincu de ce que l’on dit? Oui pour celles qui on ce talent mais dont le désir de contraception n’en pas moins grand que celle qui n’a pas appris à s’exprimer et argumenter.

Savoir à qui s’adresser

Quand elle s’adresse à un grand rav qui a de l’expérience, qui a pris de la distance par rapport à sa réputation, ne confond plus rigidité et Kedoucha, a étudié longtemps, vit avec la population, a lui même de grands enfants mariés, et a étudié la relation de couple, une femme obtiendra de lui un « eter » bien plus facilement.

Chitot opposées selon l’endroit où l’on vit

Selon qu’un rav appartient à telle ou telle communauté, les réponses seront différentes. Ainsi, en France, les femmes peuvent se voir obligées de renouveler leur demande de prolongation de contraception tous les 3 mois (communauté ‘habad); d’autres rabbanim ont l’habitude de laisser les femmes gérer leurs grossesses seules tant que leur dernier enfant n’a pas encore 2 ans (communautés orthodoxes d’Île de France); dans d’autres groupes encore, la contraception n’est pas du tout autorisée, sauf pour des cas de vie ou de mort, ce reste encore à préciser.

Contraception au début du mariage

La plupart des autorités rabbiniques l’interdisent. Le résultat est un nombre de plus en plus grand de jeunes couples qui ne consultent plus les rabanim, non seulement pour cette question là, mais aussi pour tout un tas d’autres questions, rendant obsolète et fragilisant la relation du rabin avec sa communauté.

Cette décision de ne plus consulter de rabbanim pourrit le couple de façon aussi pernicieuse que certaine, puisque la culpabilité et les sentiments d’être un « racha » (mauvais juif) s’installe dans le lit du couple: l’ombre du rabbin planant sur du lit conjugal. Lire aussi: la contraception

Droits de la femme et de l’enfant

L’éducation joue un rôle prépondérant dans la relation de couple: c’est durant l’enfance que les notions de corps, couple, désir, maternité et paternité se construisent. Ainsi, si l’on veut agir sur le chalom bayit, il est aussi nécessaire de parler de ‘hinou’h en général, et d’éducation sexuelle et amoureuse en particulier.

Transmission des interdits durant l’enfance

Enseigner l'interdit de l'incesteDans les communautés religieuses et traditionnelles, on parle encore trop rarement de l’inceste, de la pédophile, des violences conjugales et dans la famille; trop rarement, on parle de l’homosexualité dans les séminaires de jeunes fille et yéchivot. La ligne de conduite qui prévaut encore est la suivante: on en parle pas tant que l’enfant n’en parle pas lui-même. Il en est de même de la sexualité infantile et de l’adolescent, de l’acte sexuel lui-même, des maladies sexuellement transmissibles et des grossesses non désirées, dont bien des parents ont du mal à parler.

L’éducation amoureuse elle-même est largement insuffisante (les parents ne savent pas parler de l’amour, du lien et du désir, en particulier les pères). Bien sur, ceci a des conséquences dramatiques puisque l’enfant perçoit cela comme un gène ou un tabou des parents et/ou du corps enseignant (il est vrai que celui-ci a peu de marge et n’est pas autorisé à en parler), et lui fait croire soit que le monde des adultes n’est pas un monde qui le protège, soit que la pédophile ou l’inceste ne sont pas graves. (Lire aussi: la pédophilie et l’inceste).

Dialogue déficient sur le plaisir et sur le corps

Education amoureuse et sexuelleOn ne parle pas assez du désir chez l’enfant et l’adolescent, rien sur la masturbation non plus: il n’y a pas d’espace où les enfants peuvent en parler en toute liberté en dehors du regard parental.

Cela est grave, car un enfant, et c’est signe de bonne santé mentale, va aller chercher l’information ailleurs, mais souvent pas auprès des bonnes personnes ni des bons sites internet. Des lors, sa première vision de la sexualité étant galvaudée et falsifiée, c’est avec des idées terribles qu’il entre à l’âge adulte dans le mariage, avec le potentiel destructeur que l’on imagine.

Conscience du corps inexistante

Encore trop peu d’enfants ont appris de leurs parents à oser dire non aux adultes qui pourraient les toucher ou les regarder de la façon dont ils ne veulent pas, particulièrement quand cela vient de l’autorité religieuse, cadres enseignants, etc.

Pression et harcèlement sexuel

Perception dévoyée de la place de la femme dans l’activité sexuelle du couple: les non-dits sont fréquents; les femmes n’osent pas parler du comportement de leur mari, de peur que cela lui porte ombrage dans la communauté et bien sur, par honte.

Il est encore fréquent que le rabbin ou la madrehat kala encourage la femme à céder aux demandes de son mari, que ce soit dans les pratiques sexuelles ou dans la fréquence. Motif: c’est elle qui est garante de la pureté de son mari en lui évitant toute émission de sperme inadéquate.

Une des raisons vient de l’explication du passouk « Mi zo icha kechéra? Zot ché assa ratson baala« : la traduction n’est pas uniquement « une femme a le pouvoir de façonner la volonté de son mari« , mais
« il est bon qu’une femme sache s’adapter aux désirs de son mari dans l’intimité conjugale ».

Si cela a permis, grâce à, Dieu, de lever des blocages dans de nombreux couples, cela en a crée bien d’autres, en particulier parce que ce message est incroyablement culpabilisant et constitue un moyen de pression remarquable pour toutes les déviances et contraintes dans le couple.

Conditions de vie et promiscuité

Conditions de vie et construction de soiLorsque les enfants n’ont pas d’espace privé, au moins régulièrement, la promiscuité est plus forte. Par ailleurs, le manque de moments de solitude ne permet pas les moments de réflexion en général, et sur les relations dans la famille, indispensables à la prise de conscience des dysfonctionnements, en particulier.

 

 

Rendre les couples indépendants

Dans le monde religieux, où le rôle et la place du rav sont très importants, et où les textes bibliques renferment des trésors inouïs de sagesse et d’intelligence, il est tentant de rechercher chez le rav la solution à tous les problèmes et à s’en remette à lui.

Le divorce dans le mariage juifC’est tout naturellement que les couples en difficulté viennent non plus lire auprès du rabbin les sources qui vont permettre de déduire le chemin recommandé par la Thora, qui s’adapte à leur personnalité et à leur situation unique, et à en recevoir une explication du rav, mais une solution toute prête, un « prêt à croire » et « prêt à penser » qui exclue toute responsabilité adulte.

Le couple se retrouve alors un objet de la pensée rabbinique alors que celle-ci devrait être tout au plus un outil de réflexion faisant appel à l’intelligence du couple, les responsabilisant.

Il en est de même des bra’hot qui sont données par certaines personnes mais qui aliènent parfois le couple et ne l’encourage pas à faire un travail de communication. Par exemple, certains s’entendent dire qu’ils doivent éviter la colère, la rancœurs, ou la tristesse pour améliorer leur chalom bayit, mais jamais « comment » on s’y prend! Ces remarques sont toujours fort sages, mais dramatiquement incomplètes; et il est rare qu’elles s’accompagnent d’une recommandation claire d’aller consulter un professionnel du couple.

La bénédiction n’est plus entendue pour ce qu’elle est: une énergie, une force, une aide divine. Elle est prise pour un concept magique qui se passe de tout travail sur soit, pourtant la partie la plus importante et intéressante de processus d’amélioration du chalom Bait.

Dans ces cas là, le rôle du rabbin et l’utilisation de la bénédiction par ses ouailles sont complètement dévoyés. On peut constater pleinement cette déviance sur Facebook et certains journaux juifs connus, des phrases comme « Priez, et tous vos voeux seront exaucés« , dites 3 fois par jour « yé’hi adonénou » ou « Na Na’h Na’man », ou encore (sur les bus de Jérusalem il y a quelques années) « demandez la réponse à vos questions dans igueret hakodech ».

Il est indispensable que les personnes influentes dans les communautés juives encouragent les couples à prendre soin de leur lien et de leur relation avec au moins autant de ferveur qu’ils préparent Pessa’h ou surveillent la cacherout de leur foyer.

Pour cela, il est nécessaire de mettre à la disposition des communautés une liste de professionnels diplômés en relations interpersonnelles ou/et en psychologie, formés aux valeurs du judaïsme et aux lois de Nidah. Cette liste devra se trouver dans les lieux de réunions comme les bureaux des rabbins, les synagogues, les rabbinats, les batei midrach et les écoles.

Difficultés à communiquer

CommuniquerUn des aspects les plus préoccupants est la difficulté à communiquer; le dialogue se raréfie, créant un isolement dramatique des conjoints qui ne savent plus comment se rejoindre. Ici aussi, il est nécessaire d’instaurer des groupes de paroles, des cours afin d’aider les personnes à mieux s’écouter, s’exprimer et dialoguer. Mais cela n’est pas encore suffisant, il est impératif d’enseigner dans les écoles la gestion des conflits, à se respecter et à gérer frustrations et crises de la vie. L’apprentissage de la communication non violente devrait être obligatoire!

Impact d’internet

Internet et les emotions virtuellesDe nombreuses consultations de couple portent sur la place que prend le temps passé sur le net ainsi que la dépendance aux films pornographiques, au point où l’on traite maintenant cette dépendance au même titre que l’addiction à l’alcool, la drogue ou les médicaments.

Le temps passé à surfer distend les relations et isole de façon dramatique le conjoint dépendant, puisqu’il cale son planning sur ses connections Internet et non celui de son conjoint.

La première des choses à faire est toujours d’en parler et de consulter, seul et si possible en couple, puisque le conjoint peut aider de façon significative mais qu’il a lui aussi besoin de parler du sentiment de trahison, du dégout et de sa difficulté à poursuivre les relations conjugales.

Résolution des conflits par le divorce

Lerole du thrapeute de couple dans le mariage juifLa gestion des conflits, comme il a été dit plus haut est devenu une absolue nécessité, que cela soit dans le couple, la famille, au travail, ou dans la vie publique. Cette difficulté précipite les couples chez le rabbin pour  demander le guet parfois beaucoup trop vite, souvent beaucoup trop tard.

Apprendre à bien se disputer est un talent que l’on apprend à la maison mais qui, lorsque ce n’est pas le cas, devrait s’apprendre à l’école. De nombreuses personnes, en particulier l’association Forhome et Mme Annie Rose Cohen, il y a déjà plus de 15 ans de cela, recommandait aux directeurs d’écoles de Paris et de la région parisienne d’instaurer ces espaces de réflexion et d’apprentissage.

Un article de Malka Barneron. (Madéhat Néssoua - Thérapeute de couple - Accompagnement pour les conflits dans la famille - Coaching pour la Alyah - Choisir sa place dans le judaïsme)

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